Études supérieures - Les enseignements - Plateforme Temps Réel - Atelier Hypermédia - Director / Shockwave -

director[01] = #présentation

Ce cours en ligne est le complément d’un cours donné tous les ans dans l’atelier Hypermedia sur la création d’animations réactives, d’images génératives. et d’installations interactives. Pendant ce cours nous parlerons d’images algorithmiques ou d’oeuvres programmées : il s’agit de la création d’images qui sont à tout moment en train de se (re)calculer, contrairement à des procédés plus traditionnels (video, animation, graphisme) qui se servent de l’ordinateur comme un simple outil dans la chaîne de fabrication de l’image. Une image recalculée en permanence nous offre la possibilité d’explorer des modulations de l’image et introduit une dimension plus critique dans la création de l’image, radicalisant les rapports standardisés que nous entretenons de plus en plus à nos programmes et donc à nos interfaces.

Souvent on me pose la question : quel est l’intérêt pour un étudiant en art d’apprendre à programmer une image ? Il y a plusieurs réponses à cette question, mais la plus évidente concerne la fonction même de l’interactivité. Si vous voulez faire une installation interactive, dans 99% des cas vous allez avoir besoin de programmer quelque chose. On peut même dire que la question implicite dans chaque œuvre interactive est celle de la programmation. mieux donc connaître les matériaux qu’on emploie quand on crée une œuvre interactive. Apprendre soi-même la programmation — même ses logiques les plus basiques — permet de singulariser ses œuvres interactives et poser des questions au plus près des logiques et idéologies en jeu dans le travail.

Il existe aujourd’hui une multitude de langages et d’environements pour des artistes voulant créer des images algorithmiques : Processing, Jitter, Pure Data, REALbasic, OpenGL, Cocoa, etc. Bien que nous utilisons tous ces environements dans l’atelier, ce cours se servira de Director et de son langage interne Lingo, pour la simple raison que nous n’avons pas encore trouvé de logiciel mieux adapté aux besoins divers et très variés des artistes voulant inventer des dispositifs interactives.

malgré sa facilité de développement par rapport à d’autres langages comme le Java, le C, ou le C++, le Lingo de Director est un langage de création très riche en possibilités avec un syntax très abordable qui fait peur néanmoins aux débutants. C’est peut-être le fait même de devoir programmer un ordinateur qui fait peur aux artistes et leur frustre devant une logique qui leur semble conçue pour des scientifiques (c’est faux) ou des informaticiens (c’est moins faux). Quelque soit la raison, ce cours cherchera à simplifier l’apprentissage de la programmation, et surtout à ramener le travail aux éléments et métaphores de base pour mieux comprendre les enjeux (et pourquoi pas, la beauté) de la programmation, et plus spécifiquement la programmation artistique et expérimentale. Contrairement à ce que pensent certains, la programmation est une activité extremement créative et tout à fait compatible avec une pensée critique, voire artistique.

Director a également l’avantage de pouvoir rapidement créer de véritables logiciels et animations autonomes sur divers supports — web, cd-rom/dvd-rom, installation — et sur les deux plateformes les plus utilisés dans le monde : macintosh (OS9 et OSX) et Windows (95/98/NT/XP/+). Une fois notre programme terminé nous pouvons donc cliquer sur un bouton et Director exportera une version protégée pour une, plusieurs ou toutes ces plateformes et supports. Tous les exemples que nous verrons dans ce cours seront pris à partir d’un macintosh, mais le travail sous Director est exactemment le même sur Windows et les animations crées sur une plateforme peuvent être facilement transférées sur l’autre sans modification. Ceci nous permet de travailler comfortablement dans un système d’exploitation supérieure (macintosh) — ;) — tout en fabricant des installations pas chers à partir de composants très compététifs et modulaires (PC), et des programmes interactives visibles par le plus grand nombre d’utilisateurs chez eux (Windows).

Director a pourtant plusieurs desavantages, le premier étant qu’il s’agit d’un logiciel propriétaire et très cher (˜1.000€). A mon avis, nous verrons dans quelques années deux environments de création publiques détrôner DirectorProcessing et Pure Data — tous les deux conçus pour et par des artistes, disponibles gratuitement sur Internet, et entièrement remodellable (open-source) par la communauté des utilisateurs eux-mêmes. Director reste néanmoins pratique pour nos besoins, surtout dans une école qui explore autant de domaines du numérique (video, son, 3d, réseaux, robotique, installation, édition, etc) et qui aime travailler très rapidement.

L’autre désavantage de Director concerne les limites du logiciel lui-même : l’utilisateur est limité à 1000 objets autonomes sur la scène, il n’existe que 8 pistes son (sans traitement, filtrage, ou modulation facilement possibles), etc. Director est également frustrant par rapport à son moteur 3d qui n’a absoluement pas été optimisé pour macintosh alors qu’il fonctionne assez bien sous Windows. Notre politique par rapport à ces contraintes est plutôt de dire que si vous avez besoin de dépasser ces limites techniques vous avez probablement besoin de passer à la vittesse supérieure de toute façon et programmer dans des langages plus difficiles conçu principalement pour des informaticiens comme le C ou le C++. Dans ce cas, Director est une très bonne introduction à la programmation artistique pour des gens qui — au départ — n’aurait peut-être pas les ressources ou la culture informatique pour comprendre ces langages. On pourrait également renvoyer des artistes à des environements de création très différents comme max/mSP/Jitter qui a lui-même des avantages et des desavantages par rapport à Director ; il s’agit au fait d’une toute autre philosophie de développement.

On doit également signaler que Director a une architecture ouverte, permettant d’introduire des extensions au programme là où il nous manquerait une fonctionnalité essentielle. Ces extensions s’appellent des xtras et existent en grand nombre chez macromedia et ailleurs. Elles permettent, par exemple, de capter des images en temps réel et analyser leur mouvement, de communiquer avec un robot par la port série, de générer et recevoir des informations mIDI pour communiquer avec des instruments de musique, de savegarder des fichiers binaires, de communiquer en temps réel avec d’autres animations Director sur le réseau Internet, d’enregistrer des sons, de communiquer avec des serveurs de fichiers FTP, etc.

Certains auront peut-être remarqué qu’ici on fait aucune mention du logiciel concurrent de Director, édité d’ailleurs par le même éditeur, et qui s’appelle Flash. Flash, tout comme Director, permet de créer des animations interactives, de les éditer en ligne facilement avec une taille optimisée pour le chargement rapide, de créer des images entièrement programmables et sans arborescence, de programmer dans un réel langage de programmation appelé Actionscript, de communiquer en temps réel avec d’autres animations Flash ou avec une base de données collective. Toutes ces utilisations sont tout-à-fait passionnantes et ont permis à la communauté d’artistes et de développeurs Flash de créer parmis les meilleures animations, jeux, et oeuvres en ligne ces derniers temps. On pourrait citer au passage des artistes célèbres comme Josua Davis, des projet drôles comme db-db playground, ou des animations insolites comme Joe Cartoon ou Hoogerbrugge. Nous n’utilisons pourtant pas beaucoup Flash dans l’atelier, et ceci pour plusieurs raisons. D’abord, dans une école d’art aussi expérimentale que la notre, nous avons besoin d’une multitude transversale de formats, médias et objets que Flash ne nous offre absoluement pas, comme la modélisation 3d en temps réel. Ensuite, vu notre travail de collaboration très étroite avec l’équipe de robotique à LOEIL, Flash ne nous donne pas assez de moyens de sortir de la machine et interfaçer avec des circuits électroniques. finalement, l’architecture de Flash est loin d’être aussi ouverte que Director et nous interdit, par exemple, des choses comme la surveillance video/audio que nous considérons parmis les champs de cherche les plus importants d’aujourd’hui. Néanmoins Flash reste une option tout-à-fait intéressante pour un artiste voulant travailler l’image programmée, et offre l’avantage supplémentaire d’être un produit que macromedia développe avec plus d’énergie que Director. mais au-delà de toutes ces raisons bien argumentées, je dois avouer qu’après tout, je suis un utilisateur de Director depuis la version 3.0, et qu’il s’agit donc d’une préférence tout-à-fait personnelle, et peut-être tout simplement d’une habitude. Ceci dit il s’agit d’une habitude que je partage avec bien d’autres artistes.


ESAAix - École supérieure d’art d’Aix-en-Provence - http://www.ecole-art-aix.fr