Événements - Conférences et tables tondes -

Pratiques artistiques de la cartographie

Journées thématiques, les 2 et 3 novembre 2017, de 9h30 à 17h
Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence, amphithéâtre
Entrée libre sous réserve de places disponibles

Dans le cadre du projet de recherche Walking the data engagé depuis quelques années, l’ESAAix vous propose une réflexion autour de l’usage de la cartographie par les artistes.

La présence de la carte dans l’art a pris un tour tout à fait nouveau dès lors que les artistes ne se sont plus contentés de les regarder comme des motifs mais qu’ils en ont fait à la fois un espace de création et un « moment » essentiel de la mise en oeuvre de leurs démarches. Les cartes, loin d’être des « objets » autonomes et « séparés », s’inscrivent alors dans des ensembles à la fois épistémiques, techniques et esthétiques, ce qu’on peut appeler des dispositifs cartographiques. Or, voir la carte comme un dispositif, c’est évidemment ce qui est induit par les formes contemporaines de la cartographie, ou plus exactement par le traitement spatial des informations.

Programme

Jeudi 2 novembre

9h30 - La carte comme dispositif
par Jean Cristofol, philosophe et enseignant en épistémologie à l’ESAAix.

Présentation des journées thématiques

Jean Cristofol enseigne à l’ESAAix, il fait partie du collectif de l’antiAtlas des frontières, il fait partie du laboratoire PRISM (AMU CNRS).

10h00 - Walking the data, un programme de recherche
par François Parra, Abraham Pointcheval, Guillaume Stagnaro, artistes et enseignants à l’ESAAix.

Walking the data / Plotmap est un ensemble de pratiques initiées par un corpus d’enseignants de l’ESAAix, ayant donné lieu à l’exploration de territoires singuliers. Regroupant artistes, enseignants, étudiants, chercheurs, habitants, ces explorations ont pour point commun la récolte de données issues du territoire, remises en contexte au sein d’un dispositif d’écriture géo-localisé dont l’objectif est de fabriquer un espace de représentation et de documentation de ces pratiques. Ces données s’appuyant fortement sur des préoccupations esthétiques croisant territoire et technologies exploratoires sont le point de départ de développement d’outils de captation/création spécifiques. Ces outils s’entendent également comme éléments d’un discours critique sur ceux développés par les industries de masse qui nous environnent.
La restitution des données captées par les corps en marche est rendue possible tant par une carte numérique que par un certain nombre de contextes (expositions, workshops, conférences) permettant leur mise en espace.
Walking the data / Plotmap est maintenant un projet de recherche porté conjointement par l’ESAAix et la FAI-AR. Il est le cadre d’une série de workshops et séminaires pour une durée liminaire de deux ans. Son ambition est la tentative de création d’un outil d’expérimentation et médiation culturelle mobile qui nous permette de prendre part au développement culturel de territoires où celui-ci nous semble insuffisamment pensé.
François Parra , Abraham Pointcheval, Guillaume Stagnaro sont artistes et ils enseignent à l’ESAAix.

10h30 - Le Réel comme matière plastique : caméras et continuum spatio-temporel
par Caroline Bernard, enseignante à l’ENSP.

Lorsqu’un phénomène est enregistré par une caméra, sa cohérence spatio-temporelle est, dans le même temps, transformée et préservée. Les dispositifs filmiques présentés dans cette conférence tentent, en recourant à l’enregistrement vidéo, de s’approprier le réel comme une matière et de figurer le continuum spatio-temporel. Les artistes déjouent ainsi l’inexorabilité de notre condition spatio-temporelle et tentent de révéler des dimensionnalités inaccessibles autrement. Les films supplantent leur bidimensionnalité originelle pour prendre forme, ils sont des tubes, des ellipses, des anamorphoses jusqu’à devenir parfois des objets préhensibles. 
L’enregistrement vidéo, en s’ancrant dans le territoire, permet aussi une appropriation du temps et de l’espace à une échelle planétaire. La machine de vision est parfois mondialisée, la prise de vue a lieu à distance par l’entremise d’une webcam séparée de l’opérateur par des milliers de kilomètres. Les images deviennent des outils de mesure et de déchiffrement de la planète, les films sont alors de nature géodésique, c’est-à-dire qu’ils contribuent à une mensuration poétique du globe terrestre.

Professeure à l’école nationale supérieure de photographie à Arles Caroline Bernard est une collaboratrice de la HEAD à Genève. Depuis quinze ans, elle forme avec Damien Guichard le collectif Lili Range Le Chat, basé entre la France et la Suisse. Leurs créations naissent souvent suite à un voyage, à la découverte d’un nouveau territoire, et s’articulent autour des nouvelles formes de cinéma et des images mobiles.

11h15 - Drones et dragons (et de quelques dispositifs cartographiques)
par Anna Guillo, artiste et maître de conférences à l’AMU.

Hic sunt dracones (ici sont les dragons) est une locution latine signalant, sur les cartes médiévales, les lieux réputés dangereux car non cartographiés, peuplés de dragons, de tigres et de lions. En vocabulaire informatique, l’expression est utilisée pour désigner un code source particulièrement complexe au-delà duquel il est téméraire de s’aventurer. Ce que l’on ne connaît pas est donc toujours potentiellement dangereux.
À partir des travaux menés par le collectif d’artistes Hic sunt (Lucile Bertrand, Katrin Gattinger, Valentine Gouget et Anna Guilló), il s’agira de montrer comment la carte mais aussi la photographie aérienne conduisent à interroger les dispositifs qui permettent de les produire tant du point de vue des outils de capture à proprement parler (appareil photo, application numérique, radar, signal GPS, crayon, verre, céramique, vidéo…) que du point de vue de l’appareil qui les véhicule (ballon, avion, satellite, drone, corps humain, corps animal, bicyclette…). Les productions de Hic sunt explorent ce que les cartes disent des limites de notre monde afin d’offrir une autre manière de l’appréhender, de le ré-ouvrir en interrogeant notamment ces lieux « hautement dangereux » que sont les frontières politiques, spatiales, mentales et langagières.

Anna Guilló est artiste et maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille, rattachée au Laboratoire d’études en sciences des arts – LESA. Co-fondatrice du programme de recherches La Fin des cartes ? Territoires rêvés, territoires normalisés, elle dirige par ailleurs la revue d’art et d’esthétique Tête-à-tête (éditions Rouge Profond).
www.annaguillo.org

14h00 - Explorer, s’approprier, réécrire les territoires sonores
par Elena Biserna, curatrice, critique, chercheuse et post-doctorante à l’unité de recherche Locus Sonus (ESAAix).

Les représentations et les pratiques de l’espace – les cartes et les parcours – sont étroitement liées et cette relation devient de plus en plus évidente aujourd’hui, avec l’adoption de masse des technologies locatives. Au cours du siècle dernier, la marche – pratique quotidienne de l’espace par excellence – est devenue pour les artistes un moyen essentiel d’investir et produire l’espace, tout en traversant les frontières disciplinaires et en redéfinissant les contextes de l’art. En considérant la marche comme une plateforme pour entrer en rapport avec le contexte, le territoire, l’urbain, cette intervention explore sa présence et ses usages dans la musique et la recherche sonore pour observer, plus globalement, leur expansion dans le « champ élargi » de la ville et du territoire.

Curatrice, critique, chercheuse, Elena Biserna est post-doctorante à Locus Sonus, elle fait partie du laboratoire PRISM (AMU-CNRS).

14h45 - Expérimentations artistiques autour de la carte et des systèmes d’information géographique
par Nicolas Mémain, artiste.

Le témoignage d’un amateur passionné de cartes IGN, submergé par l’accessibilité des SIG depuis 10 ans, vous verrez des atlas d’architectures marseillaises, avant et après Quantum GIS. La maîtrise d’œuvre du GR2013 ; une tentative de crédibilité face aux services techniques institutionnels durant deux années pour le chemin de Grande Randonnée ® homologué le plus rapidement exécuté de l’Histoire. Les superpositions à l’echelle de mes collections de scans de cartes et de photos aériennes fournis par les archives et l’IGN, que j’utilise pour expliquer l’évolution des formes des quartiers que je fais visiter.
Et peut-être des gifs animés de couvertures Landsat où apparaissent des trajectoires de LGV.

Nicolas Mémain est artiste marcheur, urbaniste grand prix, marseillologue buccorhodanéologiste provençopolitain, cartographe et montreur d’ours en béton.

15h30 - Explorateurs des frontières - Cartographier l’expérience
par Elizabeth Guyon, metteur en scène et designer d’espace.

« L’espace ne s’apprend pas, il se pratique ». Cette conviction est au coeur du travail de l’artiste Elizabeth Guyon et du projet Explorateurs des frontières réalisé avec les habitants du quartier de Barriol à Arles deux années consécutives. 
Gopro sur la tête, appareil photo, enregistreur et carnet de croquis en main, enfants et adultes ont exploré les frontières de leur quotidien en pratiquant physiquement ces « espèces d’espaces ». Loin des représentations, ils ont restitué au public le résultat de ces explorations par une mise en espace, une sorte de cartographie de leurs expériences, qui orchestrait des médiums très diversifiés.

Elizabeth Guyon est metteur en scène et designer d’espace. Elle a fondé 1er Siècle, un contre-espace de création qui pousse du milieu, entre les lieux, entre réel et fiction, entre le corps, l’image et l’espace.


Vendredi 3 novembre

9h30 - Les systèmes d’information géographique : de l’outil cartographique à l’omniprésence de la géolocalisation
par Anna Cristofol, géographe.

Avec le développement de l’informatique et des technologies de la géolocalisation la cartographie a donné naissance à des objets aux contours flous : les systèmes d’information géographique. La carte devient une des représentations possibles d’une base de données. Mais au delà de la représentation, ces outils offrent un potentiel d’interaction et d’analyse méconnu du grand public. Cartographie et visualisation de données, outil d’analyse ou système d’information : ces systèmes se nourrissent aujourd’hui des technologies du web et des objets connectés, se diffusant toujours plus profondément dans tous les secteurs d’activités. Ils ont envahi notre quotidien, faisant émerger des nouveaux enjeux techniques, sociaux et éthiques. La géolocalisation a transformé profondément notre rapport au monde. Il revient aujourd’hui à la société de se saisir plus largement de ces outils.

Anna Cristofol est géographe, elle est responsable du département sciences humaines de l’IGN-Ecole nationale des sciences géographiques.

10h15 - Hétérotopies
par Fanny Bordier, directrice de projet, association M-topia à Marseille.

L’association M-topia a pour objet de porter des projets d’innovation sociale et culturelle par la conception de dispositifs d’expérimentation, la mise en place de démarches contributives associant habitants, acteurs, artistes et différents secteurs en transversalité. Elle est à l’initiative du projet hétérotopies#1, un parcours sonore conçu sous forme de mise en récit numérique géolocalisée et musicale grâce à une application pour smartphone par les compositeurs néerlandais Jeroen Strijbos, Rob Van Rijswijk et Dyane Donck. Consacré à la forêt, ses évolutions futures liées au changement climatique, et le citoyen comme acteur du changement, cette oeuvre permet de vivre l’histoire racontée en explorant le site emblématique de la Sainte-Victoire en marchant. Grâce à la cartographie de sons et de récits géolocalisés, le public est invité à composer son propre paysage sonore.
Comment, dans l’optique d’une meilleure connaissance des processus naturels, produire, valoriser, visualiser la donnée scientifique pour qu’elle soit accessible en utilisant la cartographie ?
Par ce projet comme le prochain dispositif d’expérimentation, M-topia explore des leviers de transformation en jouant avec la perception de notre environnement.

Fanny Bordier dirige l’association M-topia.

11h00 - Cartes sonores et environnements virtuels
par Peter Sinclair, artiste, enseignant à l’ESAAix et codirecteur de l’unité de recherche Locus Sonus (ESAAix).

Depuis l’apparition de google maps et open street maps nous assistons à un foisonnement des cartes en lignes dédiées à des projets spécifiques. Les “sound maps” ou cartes sonores en font partie. Je discuterai de l’état de l’art de cette pratique et de la façon dont elle se combine progressivement avec les espaces virtuels, augmentés et réels. Je décrirai les projets de recherche et les réalisations artistiques traitant de cette question auxquels Locus Sonus est associé : Sonic Lives, DiversCities, NewAtlantis, Echoscape, Mobile tracks… 

Peter Sinclair est artiste. Enseignant à l’ESAAix, il a fondé la laboratoire Locus Sonus. Il appartient au laboratoire PRISM (AMU CNRS)

14h00 - De l’image à la carte
par Geoffroy Mathieu, artiste diplômé de l’ENSP.

Mes photographies, représentations du réel, entretiennent avec le lieu qu’elles mettent en image un lien que je travaille spécifiquement pour chaque projet, à travers une série de dispositifs : légendes, titres ou encore cartes. En fonction des séries et de leurs propos, le potentiel documentaire des images est donc plus ou moins sollicité et se concrétise différemment, de l’absence de carte à la géolocalisation numérique sur fond de carte interactive.

Geoffroy Mathieu, diplômé de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, vit et travaille à Marseille. Il axe ses travaux sur des questions écologiques ou politiques contemporaines et sur la manière dont elles se concrétisent dans le paysage. À travers des protocoles de parcours (observatoires photographiques du paysage, sentiers périurbains, promenades urbaines), il documente les territoires en mutations, les frottements ville-nature ou encore les résistances poétiques dans les usages des lieux.

14h45 - Des territorialisations avec la photographie
par Carlos Casteleira, photographe et assistant d’enseignement à l’ESAAix.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai cherché à intégrer des espaces à partir du regard sur des lieux et des paysages. 
Qu’est ce que produire des espaces ? Ces lieux peuvent se retrouver sur une carte pour y présenter ou représenter un imaginaire, des projections, du réel … 
Le projet est né à partir de la photographie qui invite d’autres médiums (performance, son, vidéo…) à produire des expériences et des narrations, documentaires ou fictives, sociales ou intimistes, ludiques ou poétique, urbaine ou rurales, toujours politiques. Ensembles ils racontent et inventent des territoires plus ou moins familiers.
Ainsi le projet « PES | Projet Entre Serras, agriculture et biodiversité / Interaction entre l’homme et les territoires de montagne » participe de cette démarche à l’échelle d’un vaste territoire trans-frontalier. 

Carlos Casteleira est photographe, il enseigne à l’ESAAix.

15h15 - Le territoire et le paysage à partir du lexique du dessin
par Francisco Paiva, professeur adjoint à l’Université de Beira Interior (UBI), Portugal.

Dans cette communication, j’ai l’intention d’énumérer quelques axes thématiques pertinents à la compréhension de la capacité d’interpréter le territoire à partir des options et des méthodes de la représentation graphique. Je partirai d’une liste de thèmes et de concepts communs tels que l’échelle, la planimétrie et d’autres conventions de représentation, cartographiques et opérationnelles, pour traiter des paramètres de nature plus poétique et conceptuelle comme, par exemple, l’espace-temps des lieux, la présence de l’homme en tant que sujet qui voit, inscrit et transforme le sens et le potentiel de la signification des espaces. La capacité des œuvres d’art à évoquer, expliquer et intégrer les formes, les souvenirs et les affections ne peut être dissociée de la contribution apportée au savoir, indexée sur la capacité de voir et de traiter la complexité et l’étendue du monde. Ceci est parallèle à sa constitution comme clés d’accès à tout un ensemble de phénomènes multimediathiques de médiation et de renouvellement de l’expérience.

Francisco Tiago Antunes Paiva (Covilhã 1973) est professeur adjoint à l’Université de Beira Interior (UBI). Depuis 2011, il est coordinateur scientifique de DESIGNA, Conférence internationale sur la recherche en design. Il dirige le cours de doctorat récemment créé en arts médiatiques à l’UBI

Pratiques artistiques de la cartographie
Journées thématiques, les 2 et 3 novembre 2017
École supérieure d’art d’Aix-en-Provence, amphithéâtre

Entrée libre sous réserve de places disponibles

Visuel bannière : © Carlos Casteleira



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