Étudiants - Archives des années précédentes - 2009/10 - 1° année (2009/10) - MÉMOIRES - CHORT Manon -

ATELIER ECRITURE

Tout au long de l’année, nous avons réalisé différents exercices au cours de l’atelier d’écriture avec Pierre Paillard, en voici un aperçu.....

Décrivez ce que vous voyez de votre fenêtre de manière vivante en rendant compte des relations entre les éléments qui composent la scène :

PAYSAGE A LA FENÊTRE

Le ciel bleu nuit s’étale lourdement sur le toit.
Un air froid me pique la peau et me pousse vers l’intérieur.
Pourtant, les fenêtres éteintes me regardent droit devant.
Ouvertures fermées sur la vie d’en face.
J’entends leurs questions silencieuses.
L’air froid insiste mais je tarde à observer la gouttière suicidaire qui tombe à pic en s’accrochant au mur.
Les petites fenêtres sombres clignotent une dernière fois avant que les rideaux se ferment sur mes yeux.

Sur la base d’un livre de Raymond Quesneau « exercices de style », où un même scène est décrite 99 fois de manières différentes, choisissez un style et décrivez cette image (la vénus de milo) :

STYLE OLFACTIF

Entourée d’une vague odeur d’antiquité poussiéreuse
Un bloc de marbre de marbre qui sent l’éternité.
Un corps sculpté, où on peut encore respirer une peau innocente et fraiche
Son visage humble et fier dégage le parfum parfait.
Seule l’absence de bras rappelle l’odeur cruelle et persistante du temps.

Procédé d’amplification à partir d’un fait anodin de la vie quotidienne :

PLUS RIEN, QUE DE L’EAU

Un après-midi pluvieux, je colle mon nez à la fenêtre. mon souffle forme sur la vitre un petit halo de buée. Le dehors semble lointain et cotonneux. La pluie se déverse lourdement sur les toits d’en face, dans la rue, sur les passants. Des gouttelettes ruissellent contre la vitre et commencent à déformer le bâtiment d’en face. Je me recule un peu pour mieux voir mais il me semble alors que l’averse redouble, les gouttes d’eau frappent bruyamment sur le sol, dans les gouttières et l’écho métallique se répand et résonne de plus en plus fort jusqu’à remplir mes oreilles. C’est là, que je vois tout à coup comme si les choses de l’extérieur se mettaient à fondre, emportées par la pluie. Un bout de toit dégouline, puis l’enfilement des immeubles juste en face commence à s’évanouir. Et la pluie qui tombe de plus en plus fort. Elle tombe, elle s’abat plutôt et emporte tout avec elle. Elle dilue aussi les quelques passants qui trainent encore et qui s’effacent à son passage. Je m’accroche à ma fenêtre : « vais-je disparaître ? » Et les gouttes qui frappent, qui martèlent. Au dehors, il ne reste plus qu’un lavis pâle qui perd tout à coup toute sa consistance. PLUS RIEN, QUE DE L’EAU qui s’abat, ruisselle et dégouline en emportant le monde aspiré par une bouche d’égout.

SYNOPSIS d’un scénario :

GREY ISLAND

Polar vit à Grey Island, une ville poussiéreuse et abandonnée des Etats-Unis. Ses parents et ses grands- parents avant eux vivaient dans cette ville et il ne lui était jamais venu à l’idée de quitter cet endroit. Il s’était retrouvé à travailler au garage de Quincy sans vraiment le vouloir, mais au fil des mois, il s’était découvert une passion : il réparait plein d’objets cassés destinés à la casse : machines à écrire, vieux transistors, toasters, radio- réveils. Le bruit s’était vite répandu dans Grey Island et on lui apportait tous les objets hors d’usages des quatre coins de la ville dans l’espoir qu’il leur redonne vie.

Polar était vraiment apprécié de Quincy, le patron du garage. C’était un employé discret et efficace. mais au fur et à mesure que la rumeur grandissait et que chaque semaine de plus en plus de clients apportaient leurs vieux objets à réparer, Polar quittait de plus en plus tôt son travail. Il emportait précieusement sous son bras ces petits cadavres mécaniques, il passait boire un café chez Betty, au motel juste en face, échangeait quelques banalités puis regagnait en vitesse son appartement, tête enfoncée dans les épaules et regard rivé au sol.

A peine rentré, il allumait le ventilateur du plafond, seul bruit qui allait rythmer sa soirée, se faisait réchauffer une conserve et fonçait dans la pièce du fond, son atelier. Polar avait accumulé une grande quantité d’objets qui s’empilait en attendant d’être ressuscité par ses soins. Cependant, il avait une toute autre idée en tête, au-delà de faire à nouveau fonctionner ces objets pour les ramener à leur vie domestique ; il voulait les faire revivre en les assemblant entre eux pour former une créature indépendante et libre de partir découvrir d’autres horizons et de quitter Grey Island.

Il passait donc ses soirées, ses nuits, ses week-ends à réanimer les objets, à les hybrider, à les greffer entre eux. Seulement au bout d’un certain temps, les clients du garage commencèrent à s’inquiéter de ne pas récupérer les objets confiés à Polar. Ils s’impatientèrent de l’attente qui s’éternisait. Polar se cachait derrière des excuses qui ne pouvaient tenir très longtemps. Les gens de la ville étaient de plus en plus mécontents, venaient taper à sa porte le soir pour réclamer leurs objets. même Quincy, le patron commençait à le menacer : si ça continuait il devait partir, la réputation du garage était en jeu. Le temps pressait pour Polar qui ne dormait plus pour ajuster les dernières finitions à cette chose qui commençait à ressembler à un grand bonhomme de ferrailles, boutons, rouages. Le squelette d’une machine à écrire pour le torse et un vieux transistor faisait office de tête. On pouvait même régler la fréquence de la tête qui diffusait la radio locale.

Un soir, alors que Polar voyait le bout de son œuvre, il entendit des tapements à sa porte, puis des tambourinements et des cris. Tous les gens mécontents de Grey Island étaient venus le forcer à sortir de son antre. Ils réclamaient chacun leurs objets. Un attroupement se formait, pour une fois que quelque chose se passait dans la ville, tous étaient là pour voir. La colère montait, la porte commençait à céder sous les coups. mais Polar avait presque fini, il ajouta un beau noeud papillon au cou du monstre mécanique afin qu’il puisse affronter le monde avec élégance et le mit en marche. La porte céda et la foule vociférante pénétra l’appartement. Tous virent alors s’avancer un géant dégingandé, grinçant, éructant la musique de la radio par la tête, un nœud papillon au cou.

Tous s’écartèrent de stupeur, le géant sortit de l’appartement, suivi de près par Polar et des habitants de Grey Island attroupés, bouches-bées. Le monstre impassible, s’avançait dans la ville sous le ciel d’une nuit fraiche. Tout Grey Island sortait pour voir. Tous le suivirent jusqu’aux portes de la ville qu’il franchit sans se retourner. A cet instant, la fréquence de la radio locale diffusée par sa tête se brouilla et laissa place à un bruit strident de larsen. Tous, impuissants, regardèrent leurs objets quitter la ville. Polar souriant et tremblant d’épuisement, s’écroula au sol.

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GREY ISLAND

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