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Ce qu’on ne voit pas sur mes tableaux

Mon travail contient deux éléments liés inséparablement à mes préoccupations artistiques. Le premier est un travail personnel de peinture. Il développe mon regard sur le monde et ma réflexion sur la condition de l’individu dans notre société. Ce n’est pas un travail engagé pour une cause, mais une analyse, une réflexion personnelle. Il se matérialise dans des tableaux figuratifs, qui à première vue paraissent banals, mais dans lesquels je m’efforce avec les moyens propres à la peinture d’exprimer la quête d’une harmonie et les tentions qui naissent de la fragilité de cet équilibre. Est-il vraiment possible ? Comment mettre d’accord nos aspirations à une liberté, à un épanouissement personnel et les contraintes, les limitations que nous impose le monde extérieur. Dans un monde qui change, qui doit apprendre à s’autocontrôler pour ne pas se détruire y a t il la place pour l’individualité. Ou sommes-nous contraints à devenir des fourmis avec chacun notre place et l’interdiction d’en bouger, sous peine de se retrouver tout seul, hors du système ? Est-ce-que l’ « hors-du-systeme » existe ou tout fait partie du système ? sommes-nous contrôlés, manipulés, sans nous en rendre compte ? Est-ce que une chose comme la liberté existe, ou est-ce seulement un leurre ? Et même, en voulons nous de cette liberté ou bien nous voulons seulement se sentir en sécurité, ne pas se sentir menacés, ne pas savoir ? Quel est le prix de cette sécurité ? Durant les décennies qui vont venir notre monde va changer. Les changements du vingtième siècle ne sont rien part à port à ceux auxquels nous allons assister. Saurons-nous rester en harmonie avec le monde qui nous a enfanté ou couperons-nous ces liens déjà si fragiles avec la nature ? Nous construirons-nous une cage et saurons-nous y vivre ? vous comprendrez maintenant que le regard que je porte sur le monde qui m’entoure n’est pas si innocent, mais qu’il est nécessaire pour moi. Les différentes cultures et civilisations de la Mediterannée ont créé un art qui était en harmonie avec la nature. La culture classique m’est la plus proche car elle a mis l’homme au centre de ses préoccupations. Elle nous a permis de devenir ce que nous sommes : des individus conscients d’eux-mêmes, de notre « humanité ». Elle a mis l’homme au centre mais pas au-dessus de la nature. L’art classique est un art qui vis en harmonie avec la nature, comme vivaient ces peuples. Ils se sont effondrés au moment où ils ont rompu ces liens. Mais leur art a survécu véhiculant ses idées. La Renaissance en est le résultat. L’Europe telle que nous la connaissons est le résultat de cette renaissance des idées classiques. Les villes du Sud inscrites dans leur paysage, l’architecture de la Renaissance, la place de l’art et de la culture dans cette société, ont contribué à la naissance de ma conscience humaniste et artistique.

Ma façon de travailler ressemble à celle d’un photographe reporter. Je bouge beaucoup, je fais des photos, des vidéos, je peins et dessine directement sur les motifs. Après je retravaille tout ça à l’atelier. Je ne suis pas quelqu’un qui se contente des images des autres, du monde vu par la télévision, les journaux, etc.... Je vais chercher à la source. J’ai besoin du contact directe et physique avec ce qui me fait peindre. En tant que peintre, la lumière est primordiale dans mon travail. C’est elle qui nous permet de voir le monde et qui influence la façon dont nous le percevons. Je suis persuadé qu’elle a une influence directe sur nous et que les différences entre les peuples sont dû aussi au fait que la lumière n’est pas la même aux différents endroits sur la terre. Elle a une grande influence émotionnelle sur nous. L’art méditerranéen émane de sa lumière. Le motif est le moyen de l’arrêter et de la rendre visible, matérielle, palpable. Mes tableaux sont un message d’harmonie, mais aussi de tentions et de complexité du monde -rendu par la lumière.

La peinture est pour moi une réaction au monde, aux motifs, aux situations. C’est le moyen d’exprimer l’angoisse, l’amour, la foi, la faim, l’espoir, un paysage ou un corps. D’exprimer un monde qui nous entoure. Exprimer le physique et le spirituel. Le spirituel par le physique. Une toile est à la fois un objet que l’on peut toucher et quelque chose d’insaisissable. Mais elle nous touche au plus profond du corps, de l’âme. La peinture ne se comprend pas, ça se ressent, ça se vie. On n’essaie pas de comprendre un chant d’oiseau. Pourtant il est beau. Triste ou gai il nous sert le coeur.

La peinture, c ‘est le moyen d’arrêter le présent. Une vie se compose de moments. De moments d’émotions, de réflexions, de contemplation... nous voudrions les garder, mais ils passent. On ne peut arrêter le temps. grâce à la peinture, nous pouvons en faire des vérités éternelles.

Quand je suis dans un musée avec les Grands Maîtres, je n’ai pas l’impression d’explorer le passé. Tout cela se passe là, à ce moment précis, devant nos yeux. Et se passera toujours. C’est le privilège d’une oeuvre d’art.

La peinture c’est la vie. La vie a chaque fois, à nouveau, articule.

La peinture est une affaire de vue. Sans yeux, il n’y a pas de peinture. On ne peut la transmettre à un aveugle.

La nature est pour moi le point de départ. C’est ce qui m’est donne à voir. C’est ce qui me pousse à peindre. La lumière, on peut tout exprimer avec. La lumière c’est la couleur. Question : qu’est la peinture pour moi, en ce moment, au début du XXI s. ? Qu’est le langage de la peinture maintenant ?

C’est ce que j’essaie de comprendre et de créer le pinceau a la main. Pour être peintre, il faut peut-être avoir la tête dans les étoiles, mais il faut aussi avoir les pieds sur terre. C’est un dur travail. Pour s’exprimer il faut savoir s’exprimer. Comprendre les moyens dont on se sert. Ce savoir, on l’acquiert en peignant mais surtout en étudiant les toiles des Grands Maîtres. L’analyse des tableaux choisis, aussi bien que du chemin artistique des grands peintres, de l’évolution de leur style, de leurs moyens, de leur langage, m’aide à comprendre ce que c’est le langage de la peinture. Car pour pouvoir former son propre langage il faut d’abord comprendre ce que c’est ce langage. Il faut apprendre l’alphabet. Après il faut savoir quelle est ma vérité à moi. Ce que moi je veux exprimer et chercher les moyens qui me permettraient de le faire le plus directement, clairement possible. C’est un travail de recherche, d’analyse du langage de la peinture. Pour moi ce langage c’est la couleur, la forme, la matière, le contraste, le clair-obscur, la ligne, le geste... mais aussi le monde visible qui m’entoure.

En peignant j’élimine tous ce qui ne sert pas à dire ce que j’ai à dire. Je mets de l’ordre. Dire moins mais plus fort, avec plus de précision. Pousser son expression jusqu’aux limites du possible tout en restant discret. Imposer sa vision sans agressivité, la laisser pénétrer le spectateur sans qu’il ne se rende compte. Pour cela je choisis des motifs simples, banals. Je ne veux pas que le spectateur se pose trop de question en regardant mes toiles mais qu’il regarde tout simplement. Le reste passe au fur et à mesure. Car voir est aussi une façon de comprendre le monde et la vie. Voir est une expérience. Le tableau doit donner cette possibilité au spectateur. Je peins ce que je voie chaque jour, les choses qui m’entourent : la vue par la fenêtre de chez moi, de mon atelier, des natures mortes avec les objets qui se trouvent autour de moi, mon reflet dans le miroir. Ces choses que l’on voit chaque jour et qui construisent notre vie. Ces choses que l’on regarde souvent sans les voir. Je les interroge. J’aime la peinture pour ce qu’elle est et j’admire des peintres très différents, aussi bien du passé que du présent, qu’ils soient abstraits ou figuratifs. Pour moi la limite ne se trouve pas à cet endroit mais dans la qualité de l’œuvre et ce qu’elle véhicule. Le choix des moyens est de la décision de l’artiste. Cette façon d’approcher l’art donne la possibilité de profiter et de confronter l’art du passé et du présent sans s’enfermer dans aucun des deux. Tout en allant de l’avant il ne faut pas oublier que nous avons des racines et que ce sont elles qui nous permettent de « grandir ».

Ecole d’Art d’Aix en provence - http://ecoleart.cluster011.ovh.net