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Peinture en espace

Je me considère autant que peintre.

Etre peintre veut dire pour moi regarder le monde par un prisme de lumière, couleur, matière... Cela veut dire le voir à la manière impressionniste : en mouvement perpétuel de la matière, jamais semblable, jamais stable, toujours étonnant. Ce texte est une esquisse, une tentative d’expliquer les motivations de mon travail. Il est l’état actuel (mars 2005) de ma réflexion sur ma démarche.

La réalisation du travail « Dessin dans l’espace » (2004, installation en volume, branches d’arbre, lumière d’halogène) m’a aidé à définir un problème qui se manifestait depuis un certain temps, concernant l’existence du tableau comme objet physique dans l’espace tridimensionnel, de ses limites et « non limites ». « La limite » d’un tableau vient de la définition de son format, de sa matérialité et de sa relation avec l’entourage. La peinture effectuée sur un papier existe dans l’espace d’une autre manière que la même peinture réalisée sur une toile tendue sur un châssis. Un papier, par nature fin, tendu à plat sur un support, s’intègre avec celui-ci. Accroché au mur, il se « confond », on pourrait dire : « n’occupe pas d’espace ». Et, s’il n’y a pas de contraste de couleur avec le support, ses bords sont presque invisibles. Par contre, les limites d’une toile, tendue sur un châssis, sont bien précisées. Les épaisseurs du châssis, d’une dimension concrète, constituent une partie intégrante du tableau. Frank Stella dit des ses tableaux (qui sont plus profonds qu’à l’ordinaire) : « Si vous vous placez bien en face du tableau, ça lui donne juste la profondeur suffisante pour qu’il se détache du mur ; vous êtes conscient de cette ombre, [...]ça met l’accent sur la surface ». ? L’existence d’un tableau dans un espace tridimensionnel le rapproche d’une problématique du volume.

« Dessin dans l’espace » était réalisé de ready-mades naturels : des branches d’arbres trouvées. En elles-mêmes, les branches formaient des éléments linéaires tridimensionnels, et, par l’utilisation d’un éclairage, leurs ombres formaient des lignes bidimensionnelles sur les murs de l’atelier. Cette opération m’a permis d’observer la manière avec laquelle les objets existent dans l’espace, par rapport à eux-mêmes et en relation avec l’observateur. La « limite » n’est pas éliminée, toutefois le dessin transformé en forme spatiale, multipliant les angles de vues accessibles, introduit un quatrième élément : la dimension du temps nécessaire pour que le spectateur se déplace autour de l’installation. De manière inespérée, nous nous retrouvons devant un seuil de « non limite ».

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dessin dans l’espace
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dessin dans l’espace (detail)

Le questionnement m’a amené vers la réalisation d’objets-peintures et vers un questionnement sur la manière d’existence de la couleur dans l’espace. J’ai commencé un cycle de volumes créés d’éléments plats découpés, puis peints. Ce sont des plans en couleur mis en espace. Cela ressemble, en un sens, à la méthode de travail de Richard Artschwager. Ses faux « meubles » couverts de formica sont des volumes créés par des images plates, découpées et liées ensemble. Dans la peinture figurative, les éléments du monde tridimensionnel sont représentés sur la surface bidimensionnelle d’un tableau. J’inverse la situation : à partir des images bidimensionnelles découpées je réalise des formes en volume.

Ces objets poétiques se réfèrent à l’architecture. Comme certaines pièces de Tamas Schütte, ils ressemblent à des maquettes de bâtiments. Mais leur fonctionnalité est niée par leur couleur, par des déformations et des perturbations de leurs proportions.

Ceci est l’aspect le plus personnel de mon travail : porteur d’un contenu lyrique, il est pour moi un questionnement sur la condition humaine contemporaine. Les origines de ces formes en couleur se trouvent dans des jeux d’enfance, où la création d’une maison imaginaire était possible avec n’importe quels objets trouvés. Ces « jeux en maison », de la même manière que des jeux de rôles enfantins (simulation parents - enfant etc.), contribuent à la construction de l’identité.

La facilité de déconstruction et reconstruction perpétuelle de mes "objets-peintures" renvoient vers le thème du nomadisme intellectuel et spirituel, entendu en tant qu’étapes successives d’une construction de la conscience de soi.

Les volumes, de construction peu solide, créés souvent de matériaux de récupération sans valeur, sont aussi une recherche de la frontière entre la stabilité et instabilité, résistance et fragilité. Malgré leur légèreté formelle, ils concernent une réflexion sur l’écoulement du temps, l’incertitude et l’éphémère de la condition humaine.

Les objets fragiles de ce cycle reprennent leur stabilité quand ils sont confrontés avec la légèreté d’une autre de mes pièces traitant de la peinture en espace : une installation de tissus translucides teints (2005, coton, teinture, bois, clous, 270 x 75cm détail). Cette pièce est une prolongation d’une tentative de placer de la couleur en espace. Elle fait suite au travail de Christophe Cousin et, plus directement, Cécile Bart.

Les surfaces colorées flottant librement dans les airs sont attachées au plafond qui leur sert de support. Comme chez Bart, la translucidité, en association avec la lumière, est le moyen pour créer de la couleur en tant que phénomène, de laisser en suspension la couleur dans l’espace. Les bandes verticales de tissus se superposent et créent d’autres couleurs ainsi q’une transformation de la vision selon l’endroit où se trouve le spectateur. L’installation est un espace de déambulation. Les éléments obligent le visiteur à les contourner, ils suggèrent une pluralité de traversée et de vue.

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peinture dans l’espace
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peiture dans l’espace
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peinture dans l’espace
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