Au détour d’un chemin humide,
Entre deux chênes s’essoufflant
De leurs dernières feuilles d’automne,
Une pâle nuée vaporeuse
Voile la vallée,
Et la laisse endormie.
Le temps semble s’être suspendu,
Comme les ailes de ces grands oiseaux,
Qui se laissent planer,
En quête de quelques êtres faibles.
Pieds nus, une fille sans nom erre sur ce chemin.
La glaise humide se confond avec ses pas,
Son regard ne sait sur quoi se poser.
En descendant ce chemin,
Ses doigts effleurent quelques branches
Aux ongles acérés.
Son corps est flagellé.
Elle ne sens rien.
Elle marche, sans but
Elle s’enfonce dans les bois.
Les feuilles ne recouvrent ni les branches,
Ni le sol.
Dans le simple appareil de la nudité,
Les arbres dansent au rythme
Du vent.

La brume se fait plus épaisse,
Les pierres plus nombreuses.
Elle trébuche à plusieurs reprises,
Ses pieds souillés par la glaise,
Sont désormais ensanglantés.
Cette fille sans nom ne ressent rien.
Ses mains rougit,
Tentent de saisir
Quelques instants fugaces
De cette éternité sans nom.
Son visage blême,
Ne laisse rien apparaître.
En elle rien qui ne puisse
Valoir la peine de s’y attarder.
Son esprit vide de tout,
Elle erre en tentant de saisir
Une âme qui pourrait bien,
En ce calme matin d’automne intemporel,
Apaiser les cœurs les plus durs et les langues amères.
Seul un croassement de corbeau,
Vient perturber ce calme monastique,
Et relance ainsi la grande horloge du monde,
Qui aussitôt court vers son retard.
Soudain,
Une étrange sensation la parcours.
Toujours immobile,
Au milieu de ce chemin,
Elle s’aperçoit
Que le monde coure.
Vers où,
Vers quoi ?
Elle ne sait.
La fille sans nom regarde ce monde s’agiter,
Elle reste lasse.
Seule au milieu de tout,
Elle reprend sa marche
Vers un lendemain plus doux.
Le chemin n’est pas près de s’arrêter,
Sa quête non plus.
La brume n’est plus qu’un immense rideau blanc.
Ses mains essaient de l’ouvrir,
Mais plus elle essaie,
Plus le rideau se fait dense,
Et lourd.
Le chemin apparaît
Au fur et à mesure de ses pas.
Ses pieds et ses mains égratignés,
Ses pas hésitants
Donnent à son corps
Une ondulation imparfaite.
Une buée s’échappe
De ses lèvres entrouvertes,
Le bout de ses doigts
Commencent à devenir bleu.
Le froid envahit l’espace,
Jusqu’à lui glacer les os.
Perdue au milieu de ce nuage,
La fille sans nom ne sait plus où aller.
Le chemin à peine visible
Ne peut plus lui indiquer sa destinée.
Seule avec elle-même,
Songeant à ce qui l’entoure,
Elle s’immobilise dans cet espace
Sans temps.
La sensation de froid s’efface,
La brume se désépaissit,
Une impression de chaleur
Lui chatouille le visage.
Ce n’est plus un corbeau
Mais quelques oiseaux qui chantent
Dans cette forêt.
Le temps semble s’être invité
Au sein de cette forêt.
Un vert s’évapore du sol,
Le chemin est bordé de fougères...
Le sang glacé
Par la fraîcheur de cette matinée,
Se réchauffe dans ses veines
Et lui confère un nouvel esprit.
Ses mains,
Rougit par le froid et le sang,
S’apaisent.
Le chant des oiseaux s’intensifie,
Le chemin se fait moins capricieux,
Il se dessine vers l’horizon.
Les arbres ont recouvert
Leur parure de vert.
Quelques rayons de soleil
Traversent l’épais feuillage.
La fille sans nom ne erre plus,
Elle marche.
Amusée par quelques papillons qui virvolvent,
Elle rie.
Ses pieds ne souffrent plus,
Cette marche la rend forte.
Elle ne se sent plus seule,
Les papillons et la forêt sont là,
Auprès d’elle.
Un pied après l’autre,
Un sourire près l’autre,
Elle avance.
Le soleil est là,
Lui aussi l’aide...
Chacun de ses rayons la soutiennent.
Elle avance sur le chemin,
Les pierres sont toujours là,
Mais elle ne trébuche plus.
Les fleurs,
Maintenant s’épanouissent.
Les abeilles viennent se délecter
De leur nectar.
La forêt devient moins dense,
Les arbres se raréfient
Et laissent place à un champ.
La chaleur se fait de plus en plus forte,
Les oiseaux deviennent un peu timides,
Un bruit au loin...
Comme un murmure...
Des cigales...
Elle marche sur le chemin,
Qui n’est plus bordé de fougères
Mais des herbes hautes,
De couleurs paille.
La fille sans nom marche avec joie,
Elle frôle du bout des doigts les herbes,
La forêt est loin derrière elle.
Son visage est caressé par le soleil,
Son corps baigne dans la chaleur d’un été,
Un brin de vent vient lui effleurer le visage,
Ses cheveux se laissent manier
Par ces doigts aériens.
Ses pieds nus foulent le sol poussiéreux,
Elle ne craint plus rien...
Qui a jamais pensé que cette fille sans nom
C’est moi...