La première semaine fut consacrée à la présentation de l’école et à la préparation du stage initial. Nous avons appris que le stage se déroulerait dans une forêt brûlée au bord du lac d’Esparron, dans les Gorges du Verdon. Son objectif était d’élaborer des projets, personnels ou à groupe réduit et un autre en classe entière, démarrer les cours de dessin, de photo et de son.




Pour les projets personnels nous avions pratiquement eu carte blanche, j’ai donc choisi de travailler avec la photographie. Au début je voulais faire un scénario pos apocalyptique qui avait pour but de remettre en question l’organisation de la société humaine. En effet, après un évènement catastrophique, les survivants se verraient obligés à dépasser les préjugés et les tabous. De plus, des concepts comme ceux de pays ou d’argent deviennent dépassés. Trois personnes se sont jointes pour créer un groupe de travail sur ce projet. J’ai constaté, en découvrant le site, que la forêt avait repris son chemin et que des plantes avaient repoussé. Les conséquences sont claires, le projet n’été pas réaliste. Je devais donc chercher un autre projet personnel.
Par la suite, Jane et moi avons décidé de nous lancer dans un projet qui consiste à prendre une photo du même point de vue toutes les heures avec trois appareils différents : un polaroïd, un argentique, en noir et blanc, et un numérique. Nous avons décidé de travailler autour du paysage et de la lumière. Le paysage est le fait d’encadrer un espace, de le délimiter. Cela peut se faire grâce à l’œil humain, mais aussi grâce aux techniques, tel que la photographie, la peinture ou la vidéo. Les polaroïds et les photos argentiques sont des séquences destinées à comparer le même paysage à des différents moments de la journée. Cela nous permet aussi de comparer les techniques de capture d’image. Nous avons décidé de retoucher les photos numériques pour créer notre propre paysage. En effet, l’appareil photo numérique n’enregistre qu’un tiers de l’information arrivant sur le capteur, grâce à de complexes algorithmes mathématiques, il reconstitue les deux tiers manquant, alors que les deux autres techniques, argentique et polaroïd, enregistrent la totalité de l’information reçue. La photographie numérique est donc une reconstitution de la réalité basée sur une partie de la réalité elle-même. Nous avons donc des images qui sont une réinvention du réel.
Le projet collectif fut élaboré par l’ensemble des étudiants de la classe. Nous avons réfléchi sur ce que l’on pouvait faire avec plusieurs hectares de forêt brûlée. Plusieurs idées ont été présentées. Nous sommes partis sur le site dans l’optique de construire un carré d’un hectare qui avait pour but de montrer l’ampleur du sinistre. Le projet a bien évidemment évolué pendant sa réalisation. Le résultat final fut un carré d’un quart d’hectare avec des interventions plus ou moins individuelles (dessins, contour et valorisation de chemins). Nous avons aussi construit, en parallèle, une terrasse qui était reliée avec le carré par un des chemins mis en valeur, son but est de valoriser un point de vue. Cette valorisation se fait en encadrant de manière subjective, avec des morceaux d’arbres brûlés, une partie de l’espace. C’est comme cela que, en utilisant des éléments naturels comme outils de définition, nous avons créé un paysage.



Le stage initial fut aussi l’occasion de démarrer les cours de dessin. Avant de partir, nous avons eu à imaginer le paysage d’Esparron pour le dessiner et pouvoir comparer le local avec celui que notre imagination avait créé. Nous avons reçu sur place les directives du cours. Nous avons appris notamment que nous devions exprimer nos sensations et nos sentiments à travers de graphismes qui avaient différents degrés d’abstraction. Les interventions que nous faisions sur le papier sont issues d’une interaction entre l’outil et nous, cette interaction doit être bien évidemment contrôlée pour que le dessin ait une valeur plastique. Au début j’avais du mal à comprendre ce que le professeur voulait. Mais avec le temps ma technique et ma sensibilité se sont accrues et j’ai pu ainsi évoluer vers un résultat correct pour quelqu’un qui ne savait pas dessiner. En effet, je suis passé de dessins maladroits, sans rythme ni expression, où le résultat était plus ou moins hasardeux, vers une première approche de la maitrise de l’outil et des gestes calculés qui donnent du rythme au dessin.