Le Dessin… Les deux mois passés avec Denis sont passés beaucoup trop vite.
Imaginez, vous débarquez, en sachant ou non dessiner dans une école d’art. Vous faites un stage initial dans une forêt brûlée. Vous vous attendez à quoi de la part d’un prof de dessin ? Pour ma part je m’imaginais que ce cours allait encore être comme tous les autres cours de dessins que j’avais déjà eus. De la technique, du « bien comme il faut, bien proportionné » ou du « dessin stylisé », le tout bien entouré de deux ronds de flans que je nommerais académisme et l’esthétique du beau. Et là… vous avez en face de vous un bonhomme aux cheveux blancs qui vous dit simplement d’aller vous balader dans la forêt. Mais surtout, et c’est ce qui fut génial, ne pas chercher forcément à dessiner ce que l’on voit exactement, mais dessiner ce que l’on ressent et écrire. Et dans cette même journée découvrir qu’il n’y pas que le pinceau et le crayon dans la vie, mais aussi des branches cassées, des cailloux, des pommes de pins, des bouts de bois mous, durs, fins, larges, épais. De nouveaux outils qui permettent de faire ce qu’un pinceau ne fera jamais. Vous prenez une branche, vous la trempez dans de l’encre, et vous vous laissez partir, vous ne pensez plus à ne pas faire de tache, de pas dépasser ceci ou cela, vous libérez le geste, vous vous laissez emporter dans cet espace de flottement et quelque chose arrive tout doucement.
Au début, « libérer » le geste était assez difficile, je n’y arrivais pas, je n’avais pas envie.Je n’avais pas envie par ce que je ne sais pas dessiner, ou mal. Mais, le premier après midi, quand j’ai amené mes dessins, Denis m’a dit ce qui n’allait pas et surtout, ce qui allait. Je me suis acharnée toute la journée et à la fin j’étais contente, même si ce que j’avais fait n’était pas forcément « bien ».
J’ai commencé par faire une série sur divers supports en petit format :


J’en ai eu marre de faire des arbres, pour faire des arbres. J’ai beaucoup pensé aux habitants d’Esparron , mais je ne pouvais utiliser leur image pour l’expo (ils ont demandé à ce qu’elles ne soient pas diffusées) . Je me suis souvenue des rides de certains, des rides de sourires, de tristesse, de vieillesse. J’ai commencé à dessiner des branches dans ces rides, puis à construire un arbre autour. Un arbre qui ne fait qu’un avec le visage. Il en résulte une série de 10 images format A4. Pour moi ces visages sont ceux des gens d’Esparron, dans lesquels la forêt a laissé une marque, comme un tatouage, qui ne se voit pas forcément à l’œil nu, mais si on y regarde de plus près on peut l’apercevoir, entre leurs rides, entre leurs sourires, à travers leurs regards.




Maintenant Denis part à la retraite. Il nous a donné, ou du moins m’a donné une envie, un désir au niveau du dessin. Ce n’est plus une contrainte ou un ennui, c’est un plaisir.
Mois d’avril. Après deux mois sans dessins Jean-Jaques Ceccarelli a débarqué parmis nous... J’avoue ne pas avoir été très convaincue par ces cours, mais il est difficile d’arriver en fin d’année avec des étudiants n’ayant eu qu’un mois de cours de dessin.
Le dernier cour, cour de nu, a été le plus interessant.

