En introduction à notre stage de volume débutant en janvier, nous avons eu une journée d’initiation aux techniques du moulage. Chacun devait rapporter un objet afin d’en réaliser le moule en plâtre. Dans un esprit ludique, cette journée aura ravie la plupart d’entre nous, contents d’avoir les mains dans la "matière" et de découvrir de nouvelles choses.
a."Dans ton cul"...Lionel...
L’atelier volume a réellement débuté avec le workshop mené par Lionel Scoccimaro, jeune artiste et accessoirement ancien élève de l’école. L’idée est simple : à partir de moulages de mains, créer une insulte en langage des signes et mettre en situation le résultat. Après maintes tergiversations, la phrase choisie est le très poétique "Dans Ton Cul" qui prendra place sur un banc type banc publique, fabriqué par nos soins. Tension, pression, énervement et au final sourires auront été les mots d’ordre de ces trois jours de travail en groupe autour de Lionel. Il n’est pas évident d’encaisser les railleries d’un intervenant, même si au final c’est un moyen comme un autre de nous pousser au travail dans un soucis du détail aigu.

b.Moulage de visages
La suite de l’atelier volume se poursuit normalement avec France et Robert. C’est aux moulages de visages que nous nous attaquons à l’aide de bandes platrées. Chacun y passe. La sensation est étrange : du froid, du chaud, de l’eau dans les yeux et cette fichue impossibilité de parler pendant une vingtaine de minutes. Enfin, une fois le moule prêt nous passons aux tirages en latex. Première prise de contact avec ce matériau pour moi et je ne sais pas pourquoi, je l’appréhende assez bien et commence à découvrir ses diverses propriétés qui me plaisent énormément et m’encouragent à réutiliser cette technique plus tard.

c.Ma tête comme un ballon
Pour clôturer ce stage, France et Robert nous propose de monter un petit projet personnel en une semaine afin de mettre en espace nos tirages en latex. Tout est libre, à nous de trouver une réalisation pertinente. Comme je le disais précédemment, le latex à de multiples propriétés très interessantes. C’est sa faculté à se gonfler qui va m’interpeler en priorité. Je commence petit à petit à imaginer des ballons de mon visage et les déformations que celui-ci va encourir sous cette forme. Cette idée de ballon est en fait le prolongement d’une réflexion qui m’est apparue depuis mon entrée à l’école : j’ai parfois l’impression que, même si l’on s’en protège et défend, notre ego peut très facilement prendre une ampleur démesurée. C’est donc l’ego de l’artiste et ses travers qui seront au centre de mes préoccupations. L’idée est simple : concevoir un système de partie arrière à mes masques en latex afin de transformer ceux-ci en ballons de baudruche, tout en pensant à installer un petit tuyau afin de permettre de les gonfler. Dans l’idéal, les ballons seraient remplis d’hélium et flotteraient dans ’espace de la salle, chacun à une taille différente et lesté d’un fil de pêche au bout duquel sera accroché un polaroïd de mes pieds, pris en plongée. Cependant, les idées paraissent toujours plus simples sur papier qu’en pratique ! L’élaboration des ballons aura été plus que laborieuse : véritable travail de minutie et de patience, il m’aura fallu plus de 8h pour assembler mon masque avec la deuxième partie du ballon.

Une semaine, c’est vraiment court. Le temps file à une vitesse folle et c’est déjà l’heure de la présentation sans avoir pu faire aucun essai au préalable. 14h. Je gonfle mon ballon avec ma bombonne d’hélium. Voilà ma tête surdimensionnée. Le résultat me convient assez. 14h10. 1er trou d’air sur l’arrière du ballon, le latex distandu se frippe, la déception est sans égal. Sans avoir eu le temps d’expérimenter mon installation avant, je n’ai pas pu essayer de doser l’épaisseur nécessaire à "l’arrière" des ballons, ayant peur de rajouter trop de poids en ajoutant de la matière. L’autre problème qui s’impose à mes yeux dépités se situe au niveau du "flottement" du ballon : le latex semble trop lourd pour flotter avec l’hélium, ou du moins l’équilibre du ballon a été mal géré. Bref, que de soucis techniques ! Mais cela ne m’empêche pas de faire ma présentation avec mon "égo dégonflé" devant France et Robert, qui loin de me réprimander m’ont encourrager à poursuivre mon idée afin de mettre mon projet en situation en espace. Je suis d’ailleurs encore en pleine réflexion sur celui-ci, essayant de trouver une autre matière, plus légère, pour réaliser les ballons. A suivre donc...

Ce projet aura également été pour moi l’occasion de re-découvrir le travail de certains artistes en relation avec mon installation. Tout d’abord, au niveau de la forme l’oeuvre de Jeff Koons, aussi bien en sculpture avec son Inflatable Rabbit (1986), gros lapin gonflable en inox que dans ses installations telles que Equilibrium présentant des ballons de basket en suspension dans l’eau ; auront été mes premières références.

Andy Warhol aura été attiré par l’utilisation pour remplir l’espace de sa célèbre Factory, optant pour des ballons argentés remplis d’hélium et emplissant l’espace de ce lieu mythique de l’art.
Mais l’artiste qui aura suscité le plus mon enthousiasme a été Pierrick Sorin. Son travail tourne autour de l’égo de l’artiste et consiste à une série d’installation et de vidéo dénonçant ce phénomène en le tournant à chaque fois en dérision de façon subtile.