
(Mémo de la séance de projections du 28.03.2006)
Rappeler simplement que Medvedkine était un cinéaste soviétique des années vingt, inventeur des « ciné-trains », parcourant l’URSS : on filmait, on développait, et on montrait le résultat de village en village. Chris Marker, qui s’était pris de passion pour ce cinéaste, en parla aux ouvriers de la Rhodiacéta à Besançon où il était allé filmer une grève, en mars 1967. Ce film, c’était À bientôt, j’espère, et les militants de l’usine allaient, sous l’emblème du nom de Medvedkine, apprendre collectivement le cinéma.
Un film (excellent) sur Alexandre Medvedkine : Le Tombeau d’Alexandre, Chris Marker, 1992, 120 min (DVD, Arte vidéo).
À ceux qui douteraient de l’intérêt, pour les étudiants, pour les professions intellectuelles, de l’héritage de la culture ouvrière, il suffit de voir que si les prolétaires fournissent la force de travail nécessaire au capitalisme industriel, ce sont les cognitaires qui fournissent la force de travail de l’économie des service qui se met en place dans les sociétés occidentales (plus de 70% de la population française travaille déjà dans le secteur des services).
Ces cognitaires on les appelle aussi les "intellos précaires", selon la désignation popularisée par le livre éponyme d’Anne et Marine Rambach (paru en septembre 2001 chez Fayard). C’est cette masse de pigistes, auteurs, salariés en contrat à durée déterminée, en contrat emploi-solidarité, au "black", chercheurs indépendants, vacataires, stagiaires, plus ou moins bénévoles malgré eux, que la crise a laissés à la périphérie du monde du travail. Leur niveau d’études (ils sont souvent très diplômés, voire issus de grandes écoles) et leur milieu d’origine les rattachent plutôt à la bourgeoisie, mais leur statut et leur mode de vie - ou de survie - qui échappent encore à toutes les classifications, pourraient bientôt les rapprocher de la situation du journalier du XIXe siècle vu le rythme auquel sont abrogés les droits sociaux conquis par les générations précédentes.
"Bac + 9 sans emploi avouable, nègres pour littérateurs mal inspirés, vacataires sans faculté particulière, licenciés en sociologie du licenciement, pigistes pigeonnés sous presse, sculpteurs sans statut, deuguistes sous contrat bénévole, thésards recyclés en notes de bas de page, intermutents du spectacle, revizors sous X-Press, juristes en fin de droits..." : le nouveau prolétariat, ce sont les précaires.
On voit que des groupes sociaux qui jusqu’à peu pouvaient penser ne rien avoir en commun ne sont peut-être pas si éloignés que ça, au moins en ce qui concerne le rapport au travail. Le moment est peut-être venu d’abandonner la fable anésthésiante de la "fin de l’histoire" qui s’est imposée après la chute du mur de Berlin, et de se pencher un peu sur le passé afin de comprendre les processus qui permirent aux français de se doter d’un système social exemplaire (et de comprendre aussi pourquoi actuellement ce système ne s’exporte pas, au contraire).
Écouter la précarité aussi a une histoire (émission Daniel Mermet + François Rufin du 27.03.06, mp3, 19Mo).
Concernant ces mutations économiques et sociales, lire par exemple L’Âge de l’accès : la vérité sur la nouvelle économie, de Jeremy Rifkin (éd. La Découverte, 2000). Lire peut-être aussi Portrait de l’artiste en travailleur, Métamorphoses du capitalisme, de Pierre-Michel Menger (éd. du Seuil, 2002), et Petites natures mortes au travail, de Yves Pagès (éditions Verticales, 2000).
C’est un petit groupe de résistants (gaullistes, communistes, syndicalistes...), le Conseil National de la Résistance (dont le premier président fut Jean Moulin) qui, dans la clandestinité et dans une France ruinée par la guerre, proclamèrent les principes d’une société plus juste et furent à l’origine de la création de la sécurité sociale et des retraites (ce qui, tout de même, n’est pas rien).
En 2004, ils souhaitèrent commémorer le 60e anniversaire de l’instauration de ces droits sociaux pour tous, mais aucun média institutionnel ne daigna publier le texte de leur appel (ni d’ailleurs faire grand cas de cet anniversaire). Quelques médias alternatifs relayèrent un peu l’information (notamment sur le web), des intermitents du spectacle réalisèrent une petite vidéo (format mp4, 15 Mo) de cet appel des anciens du CNR au jeunes qui feront le XXIe siècle.
Écouter aussi les témoignages de Raymond Aubrac,
Philippe Dechartre, Stéphane Hessel et
Maurice Kriegel-Valrimont (format mp3, environ 20 minutes et 5 à 7 Mo pour chaque interview).
Lire les biographies des signataires de cet appel (pdf, 64 Ko).
Dans le programme du Conseil national de la résistance de 1944, on pouvait lire entre autres :
l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel
la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression
la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères
la liberté d’association, de réunion et de manifestation
l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance
le respect de la personne humaine
l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi
l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie
le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques
le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.
le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail
un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine
la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale
un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État
la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier
une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours
une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales
la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.
L’existence des groupes Medvedkine représente une expérience fondamentale et unique : des ouvriers de Besançon et de Sochaux, formés au cinéma par les plus grands cinéastes et artistes de leur temps (Godard, Marker...) décrivent leurs conditions de vie et leurs revendications, entre 1967 et 1973.
1967, la grande grève de la Rhodiaceta à Besançon annonce déjà mai 68. Entre occupation d’usines et revendications spectaculaires pour l’époque, un groupe de cinéastes, dont Chris Marker en tête de file, filme des militants ouvriers.
Mais ces derniers ne se reconnaissent pas à travers ce film et ne se privent pas de le dire. Chris Marker, et un certain nombre de cinéastes militants, décident de donner à ces ouvriers les moyens de prendre eux-mêmes la parole.
Chris Marker, Jean-Luc Godard et Bruno Muel et quelques autres, vont ainsi mettre du matériel à la disposition des ouvriers et les former aux techniques cinématographiques. Résultat : des films forts, des pamphlets parfois violents, souvent brillants et émouvants, réalisés entre 1967 et 1973 sous l’égide de l’infatigable et génial Pol Cèbe (ouvrier et bibliothécaire du CE).
Écouter un documentaire audio qui raconte l’aventure des groupes Medvedkine (Arte radio, prix Phonurgia 2003, mp3, 17.5 Mo). Les films des groupes Medvedkine, longtemps oubliés, sont enfin sortis en DVD (éd. Montparnasse, 2006).
Cela fait près de trente ans que nous vivons en présence du chômage de masse et nous avons presque oublié quelle fut la génèse de cette situation. Au point de trouver désormais banale la compétition de chacun contre tous sur le trop fameux "marché de l’emploi".
Un documentaire de Gilles Balbastre, Le Chômage a une histoire (2001), nous rappelle les grandes étapes de l’évolution de l’emploi et des mentalités au cours du dernier quart du XXe siècle.
Ce film est également visible en ligne à ces adresses : http://lbsjs.free.fr/Balbastre/Balbastre_chomage.htm et http://nonautraite.free.fr/index.php?page=14.php (nécessité d’une connection haut débit).
L’instauration de l’idéologie néo-libérale en Europe parfaitement expliquée par un documentaire extrêmement éclairant : Quelques choses de notre histoire de Jean Druon (vidéo au format Windows media player). <— À voir, vraiment !
Si vous voulez comprendre comment l’OMC prend le dessus sur les États et sur la démocratie, et pourquoi le rythme des cycles de libéralisations-privatisations ne cesse de s’accélérer, il faut regarder ce cours video (format .avi), au décor underground, dans lequel Raoul-Marc Jennar décrypte méthodiquement l’Accord Général sur les Commerces et les Services.
Rezo.net (portail alternatif d’information) : http://rezo.net
Des Sous et des hommes : http://dsedh.free.fr/emissions_passees.htm
La bibliothèque sonore : http://www.bibliotheque-sonore.net
Baromètre des inégalités et de la pauvreté : http://www.bip40.org/fr
Université populaire Avignon : http://www.upavignon.org
Sciences politiques (cours en ligne) : http://coursenligne.sciences-po.fr
Périphéries : http://www.peripheries.net
Le Passant ordinaire : http://www.passant-ordinaire.com
Dictionnaires biographiques du mouvement ouvrier et du mouvement social : http://www.maitron.org
Observatoire des médias : http://www.observatoire-medias.info
Acrimed (ACtion-Critique-MEdias) : http://www.acrimed.org
Répertoire racine de fichiers de l’article : http://ecoleartaix.free.fr/_societe
LQR, la propagande du quotidien , Éric Hazan (éd. Raison d’Agir, 6,00 €).
Avec lucidité, érudition et humour, Éric Hazan démonte la langue de bois de la pensée unique, montre comment elle imprègne insidieusement les consciences et révèle le sens caché des expressions qui envahissent notre quotidien : de modernisation, à traitement social du chômage, en passant par réforme, gouvernance, issu(e)s de l’immigration, convivialité, croissance, élites... Après avoir lu ce petit livre on n’entend plus tout à fait la langue des experts de la même oreille.
Le Nouvel Ordre éducatif mondial , sous la direction de Christian Laval et Louis Weber, éditions Nouveaux Regards/Syllepse, 2002.
Il serait naïf de penser que les effets de la mondialisation libérale épargneraient le secteur éducatif. Les travaux de l’institut de recherche de la Fédération syndicale unitaire (FSU), qui ont nourri cet ouvrage, montrent bien que la marchandisation et l’instrumentation de la diffusion des savoirs au service des entreprises sont en marche, même si elles affectent de manière différenciée les grands pays industrialisés et les autres. Dès lors que l’éducation n’est plus considérée comme un droit universel, mais comme un marché dont il faut conquérir des parts, ce n’est pas la logique du service public, mais celle du privé (et donc celle des privatisations) qui prévaut.
Les auteurs examinent successivement les politiques de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), de la Banque mondiale, de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de la Commission européenne, toutes convergentes.
Pas de pitié pour les gueux , Laurent Cordonnier, éditions Raisons d’agir, 2000.
Pourquoi y a-t-il du chômage ? Parce que les salariés en veulent toujours trop... parce qu’ils recherchent la sécurité, la rente et se complaisent dans l’assistanat... parce qu’ils sont roublards, paresseux, primesautiers et méchants, etc. Voilà ce que racontent, en termes certes plus choisis, et avec force démonstrations mathématiques, les théories " scientifiques " élaborées par les économistes du travail. L’auteur se livre ici à un véritable travail de traduction en langage littéraire des théories savantes, au terme duquel il apparaît que leur signification, " une fois défroquées de leurs oripeaux savants, frôle souvent l’abject, à un point dont on n’a généralement pas idée ". C’est justement pour en donner idée que ce livre est écrit.
Antimanuel d’économie , par Bernard Maris, éditions Bréal, 2003.
Cet ouvrage, écrit par un collectif d’étudiants et d’enseignants qui avait, il y a peu, dénoncé le manque de pluralisme et l’excès de formalisation mathématique dans l’enseignement de l’économie, recense un certain nombre d’idées reçues en économie, les critique et démontre l’urgence de donner toute sa place au débat en le rendant accessible à tout le monde.
Petit bréviaire des idées reçues en économie , les Éconoclastes, éditions La Découverte, 2004.
« Nous, étudiants dans les universités et les grandes écoles françaises, nous déclarons globalement mécontents de l’enseignement que nous y recevons. » C’est par une pétition, adressée au ministre de l’Enseignement Supérieur et aux responsables des universités, que des étudiants en économie ont manifesté publiquement il y a deux ans leur rejet de l’enseignement généralement dispensé de cette discipline. Soutenus par une partie des enseignants français et bientôt relayés par de nombreuses initiatives étrangères, ils dénonçaient la formalisation abusive d’un savoir coupé du monde réel et le manque de pluralisme des explications.
En rédigeant un Petit bréviaire des idées reçues en économie, ils entendent montrer par la pratique que l’étude des phénomènes économiques implique une confrontation permanente aux faits, et des débats dont les enjeux politiques et sociaux sont trop souvent éludés dans les amphithéâtres. Ils mettent ainsi à la disposition des lycéens et des étudiants en économie un outil pertinent pour enrichir leur réflexion. Ils mettent aussi à la disposition de tous ceux, salariés, retraités, syndicalistes, militants, et autres non spécialistes de l’économie savante, une arme pour comprendre et s’approprier les débats que les hommes politiques et leurs experts réduisent abusivement à des questions techniques, inaccessibles au commun des citoyens : faut-il vraiment des fonds de pension pour sauver les retraites ? les services publics doivent-ils être déréglementés et privatisés ? le chômage s’explique-t-il par les protections dont bénéficient les salariés et les charges sociales ? les pays en développement doivent-ils continuer de suivre les politiques que leur imposent les grandes institutions internationales ? le poids de l’Etat dans l’économie est-il réellement insupportable ?
Sur toutes ces questions, au cœur du débat public depuis plusieurs années, ce Petit bréviaire s’efforce de couper court aux certitudes martelées dans les médias et que les économistes professionnels mettent souvent trop peu d’empressement à démentir, quand ils ne les cautionnent pas tout simplement.
L’Avenir du capitalisme , Jean-Luc Gréau, Gallimard, 2005.
Est-il possible de réguler les marchés du monde ? Ou sommes-nous voués à suivre, désarmés, les embardées d’un système chaotique et frénétique ? Jean-Luc Gréau indique pourquoi il est devenu nécessaire de rationaliser le capitalisme, au moment où celui-ci montre sa fragilité et ses incohérences. Le chemin vers l’intégration mondiale est balisé par les faillites récurrentes de nombreuses économies et des scandales d’entreprises d’une gravité sans précédent. La bourse contemporaine, coeur idéologique du système, fonctionne à rebours de son principe fondateur : les fonds d’épargne collective, qui devraient financer les entreprises, les soumettent en fait à un régime de prédation. Pour mettre fin à ces anomalies, Jean-Luc Gréau propose des remaniements d’envergure.
L’Express (11 Avril 2005) : Le plus étonnant de ces livres est sans doute celui de Jean-Luc Gréau. Ancien expert au Medef, il aime tellement le capitalisme qu’il le châtie avec une impitoyable sévérité. Cet économiste atypique s’attaque de front aux deux vaches sacrées promues par l’ "idole américaine", le libre-échange généralisé et la financiarisation de l’économie.
Crises et sorties de crise (ordres et désordres néolibéraux) de Gérard Duménil et Dominique Lévy, édition PUF, 2000.
Encore près de trois millions de chômeurs en France ; l’Europe tarde à retrouver les voies de la croissance ; partout, les salaires stagnent. L’économie américaine connaît une nouvelle jeunesse ; les profits et la bourse explosent -dangereusement sans doute. Qui faut-il croire, les prophètes d’une catastrophe imminente ou les apôtres du néolibéralisme et de la nouvelle économie ? Oui, la remontée du taux de profit dessine le profil d’une nouvelle phase du capitalisme, au terme d’une longue crise structurelle, mais ces évolutions renforcent les inégalités et ne diminuent pas les risques d’instabilité financière.
Ordre et désordres néolibéraux. Le néolibéralisme est l’expression de l’action d’une classe de propriétaires capitalistes, la finance, en vue de rétablir ses revenus et son pouvoir effectivement diminués au cours des trente glorieuses. La loi des prétendus marchés n’est rien d’autre que celle de cette classe. Mondialisation, certes, mais mondialisation néolibérale sous hégémonie américaine. L’ordre néolibéral règne. Son prix fut la prolongation de la crise et du chômage, et son cortège de désordres monétaires et financiers, dont nous n’avons peut-être vu ni la fin ni le paroxysme.
L’histoire ne se répète pas, mais l’observation d’événements similaires antérieurs -comme la grande crise de la fin du XIXème- montre que tout n’est pas neuf dans ce qui se met en place. Malgré la restauration de la prééminence des grands détenteurs de capitaux dans le néolibéralisme, l’histoire a encore un sens. Où nous entraîne-t-elle ?
La Démence sénile du capital, fragments d’économie critique , Jean Marie Harribey, éditions du Passant, 2004.
Le capitalisme est en passe de réaliser son rêve le plus dément : transformer totalement les rapports de propriété sur la planète, de telle sorte que la moindre activité humaine, la moindre ressource matérielle ou intellectuelle, deviennent des marchandises, c’est-à-dire des occasions de profit. Avec évidemment la volonté de rendre la chose irréversible. Au nom de "l’ouverture à la concurrence" et de "la liberté des échanges", se prépare un mode de vie insoutenable socialement et écologiquement parce que les richesses seront accaparées par une minorité tandis que la majorité subira une exploitation accrue, parce que les services publics auront disparu, parce que tout le savoir aura fait l’objet de brevets et parce que la gestion des écosystèmes, de l’air et de l’eau aura été privatisée. Le capitalisme n’a donc plus de projet humain pour l’humanité. Il était dément, il est devenu sénile.
Les Nouveaux Chiens de garde , Serge Halimi, éd. Raisons d’agir, 1997.
"Les médias français se proclament contre-pouvoir. Mais la presse écrite et audiovisuelle est dominée par un journalisme de révérence, par des groupes industriels et financiers, par une pensée de marché, par des réseaux de connivence. Alors, dans un périmètre idéologique minuscule, se multiplient les informations oubliées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices, les services réciproques. Un petit groupe de journalistes omniprésents - et dont le pouvoir est conforté par la loi du silence - impose sa définition de l’information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage. Ces appariteurs de l’ordre sont les nouveaux chiens de garde de notre système économique."
"Si Les nouveaux chiens de garde s’avère être un véritable pamphlet contre la situation médiatique française, Serge Halimi n’oublie pas de pondérer son propos en rappelant que ses attaques concernent avant tout un cercle de personnes surexposées, masquant les difficultés que doivent surmonter nombre de journalistes plus "modestes" (au sens de la renommée), en proie au chômage et au manque de reconnaissance envers un travail de bien meilleure qualité. Et c’est sans doute aussi pour rendre indirectement hommage à ces hommes de l’ombre que l’auteur s’en prend avec d’autant plus de vigueur à ceux qui tendent à discréditer par leurs actes une profession extrêmement décriée." JB
Les petits soldats du journalisme , François Ruffin, Les Arènes, 2003.
« L’actualité, c’est l’actualité. Le journalisme, c’est le journalisme. Voilà pour la théorie. Maintenant, on passe à la pratique. » Un responsable.
"Naïvement, un aspirant journaliste pourrait attendre d’une école prétendument prestigieuse qu’elle lui apprenne à analyser, comprendre, enquêter, se documenter pour ensuite formuler, vulgariser, rendre accessible à tous les différents thèmes sociopolitiques qui les concernent en tant que citoyens. Mais ce journaliste plein de bonnes intentions, lorsqu’il franchit les portes du Centre de formation des Journalistes (CFJ), tombe des nues. Au lieu d’apprendre, il désapprend. Aux prises avec un système pédagogique bien ficelé et parfaitement adapté aux demandes des investisseurs mécènes que sont Pinault, Lagardère, Vivendi ou Bouygues, l’étudiant se vide de son savoir pour assimiler, en deux années, un métier dont le quotidien se situe à mille lieues de ses aspirations premières : il apprend à devenir un technicien des médias, une machine dénuée de personnalité dont la tâche consiste à remplir de vide la multitude de titres de journaux, radios et télévisions. Cette multiplicité des supports n’est donc qu’un leurre, tant ces techniciens rédacteurs sont fondus dans un même moule consensuel, véhicules involontaires, fatalistes et désabusés d’une circulation circulaire de cette information que les détenteurs de pouvoir leur tendent à coups de dépêches (AFP) et communiqués de presse (des services de com.). Tous sont alors au service de ceux qui investissent dans les médias de masse, et qui ont à ce titre la possibilité de présenter comme l’évidente réalité de la vie une vision du monde qu’ils véhiculent et inculquent aux consommateurs des supports d’information et d’annonces publicitaires (objectif final de leur investissement initial)." Java