1ere semaine : Son
Je ne connaissais pas cette discipline, et n’avait jamais auparavant travaillé ce medium qu’est le son. J’avais donc hâte de découvrir de quoi il s’agissait.
Nous avons tout d’abord commencé par des prises de son. Avec nos micros et casques, nous partons à la découverte de sons divers, dans les rues d’Aix-en-Provence… C’est la première fois que j’ouvre autant mes oreilles. Je suis à l’affût, j’ai envie de tout enregistrer… Le son du casque m’englobe dans un environnement sonore qui m’étonne ; l’espace se construit maintenant à partir de ce que j’entends. Je ne fais même plus trop attention où je mets les pieds. Je suis guidée par ce qui résonne dans le casque.
Les instructions : des rushes de 30 secondes. A trier ensuite. Notre idée de départ : capter les sons des nombreuses fontaines de la ville, s’intéresser au bruit de l’eau, de l’écoulement. Jouer plus tard sur le rythme et la différence des sons, provoqués par le débit de l’eau, l’ambiance sonore, les mouvements…
Nous enregistrons bien consciencieusement les bruits des fontaines, respectant parfaitement les 30 secondes demandées… puis basculons dans le trop plein d’informations et la peur de tout louper ! L’excitation est trop grande pour se restreindre au bruit d’eau. Nous décidons d’expérimenter encore plus.
Nous provoquons les sons : au départ en restant sur la thématique de l’eau, nous marchons dans les flaques avec Natacha pendant que Florent enregistre les clapotis de nos chaussures… Ce son est plutôt musical et ne ressemble plus à l’aléatoire de l’écoulement. Soudain entre en compte les sons parasites. Une femme qui marche avec ses talons, une porte qui claque, une femme qui parle tout haut, viennent s’additionner à nos prises de son. Alors nous décidons d’enregistrer des voix, de capter des conversations, de suivre les gens avec le plus de discrétion possible. Nous nous dirigeons vers le marché de Noël. Nous ne passons pas inaperçus avec notre attirail, mais au moins la foule nous permet plus de discrétion. De jolies conversations sont dans la boîte !
« Et comment va la petite ? Oui ! La petite, elle est adorable. »
« Alors moi j’ai fait une purée, mais pas… pas de pomme de terre ! »
« Alors je voudrais… Une ganache. » …
Notre retour vers l’école fut marqué aussi par quelques filatures de conversations, pas toujours évidentes (mais tellement amusantes) ! Conversations du quotidien détournées ensuite dans notre montage, plus humoristique que prévu.
Le deuxième jour était donc consacré au tri et sélections, puis au montage de nos rushes. Chacun de nos sons ont du être classés sur une fiche descriptive ; fiches par la suite choisies et utilisées par nos camarades pour leurs montages vidéo.
Pour le montage, les rushes des voix nous plaisaient pour leur côté décalé, incompréhensibles par la découpe ; et les bruits d’eau par leur simplicité et leur poésie évidente. Nous avons donc décidés de réunir les deux types de sons, en les superposant. Une évolution cependant existe : l’intensité du son de l’eau s’amplifie à mesure que les paroles se répètent et se rythment, puis la pression redescend. Les voix sont de plus en plus découpées pour sélectionner uniquement le morceau préféré, par l’intonation ou le mot.
Le mélange des sujets crée une confusion totale sur le sens (tout cela n’a réellement plus de sens), devient de plus en plus agressif dans les quelques propos discernés et par la répétition mécanique des mêmes sons, et par-dessus tout ajoute une note d’humour au second degré. La prise en main du logiciel ProTools fut une découverte intéressante, mais parfois trop technique, nous nous sommes sentis dépassés par les possibilités que représente un montage sonore. Pour ma part, je me sentais bien loin d’avoir pu tout expérimenter sur l’espace de ces deux jours. Ce fut une mise en bouche sur le son agréable, mais trop courte pour être pleinement appréciée.