/ Étudiants / archives des années précédentes / 2006/07 / 1° année (2006/7) / MÉMOIRES (1° année 2006/07) / ZOUBRINETZKY Rébecca

Volume - Moulage



Atelier moulage :


L’atelier de moulage avait été précédé d’un atelier d’acquisition fondamentale où nous nous étions familiarisés avec l’alginate et le plâtre. Comment en fabriquer, quels objets conviennent au moulage avec du plâtre (sans contre-dépouille) et quel sont les avantages de l’alginate. Ensuite nous avons travaillé pendant trois semaines (les jeudis et vendredis) avec Lionel Scoccilaro, un artiste intervenant. Je me passerai de faire ici des commentaires ne touchant pas uniquement à la réalisation de ce travail. Car de toute évidence nous avons de sérieux désaccords quand à la façon de travailler en équipe, que cela conserne le fonctionnement du équipe, choix du sujet, investissement, ou le minimum de respect des personnes les unes envers les autres. Prenons seulement en considération que le projet qu’il avait pensé pour nous a eu l’avantage de nous faire travailler sur plusieurs points. Le moulage de mains et la réalisation du banc sur lequel elles ont été fixées et qui devait grâce à la présence d’une traduction de l’alphabet dactylographique permetre de lire le message écrit avec nos mains ; ainsi que l’organisation d’un travail d’équipe, ce qui, à 25 ne va pas de soi.


La suite de cet atelier de moulage à été consacrée à des travaux plus personnels. Nous avons tous réalisé un moulage de notre visage, en plâtre. A partir du moule nous avons réalisé des masques en coulant du latex mélangé à de l’encre pour ceux qui le désiraient. A partir de cette base commune nous devions élaborer un projet qu’il faudrait à la fin du module présenter oralement. Exercice utile et intéressant puisque nous sommes rarement en situation d’expliquer et de défendre nos travaux.

Pour ma part, je ne savais pas très bien où aller avec le masque. Je savais que je voulais y incorporer des éléments extérieurs mais sans trop savoir où cela me mènerait. Je suis donc sortie récupérer des feuilles mortes et des cailloux que j’ai incorporés au latex et à l’encre noir pendant la réalisation de mon masque. Et c’est en le démoulant que j’ai compris ce que j’allais en faire. Les feuilles mortes ressortaient par endroit, et donnaient au visage l’air d’avoir été brûlé, ravagé aussi par les cailloux. Mais le visage n’en avait pas l’air mort pour autant. Les yeux clos étaient intacts, et la bouche où le latex s’était déchiré au démoulage était entrouverte sur un petit caillou teinté de noir au coin des lèvres. L’expression de ce visage m’a immédiatement rappelé ce passage de Notre Dame de Paris de Victor Hugo.

Cette figure qu’on eût crue scellée dans la dalle paraissait n’avoir ni mouvement ni pensée, ni haleine. Sous ce mince sac de toile, en Janvier, gisante à nu sur un pavé de granit, sans feu, dans l’ombre d’un cachot dont le soupirail oblique ne laissait arriver du dehors que la bise et jamais le soleil, elle ne semblait pas souffrir, pas même sentir. On eût dit qu’elle s’était faite pierre avec le cachot, glace avec la saison. A la première vue on la prenait pour un spectre, à la seconde pour une statue.
Cependant par intervalles ses lèvres bleues s’entrouvraient à un souffle, et tremblaient, mais aussi mornes et aussi machinales que des feuilles qui s’écartent au vent.


C’est donc vers un hommage à ce texte que j’ai décidé d’orienter mon travail. La première fois que j’avais lu ce passage du livre je me souviens d’avoir été transportée par ce portrait de la recluse. Le principe qu’il y ait pu exister des « recluses » me semblait plus que digne d’intérêt et je savais qu’un jour je serais amenée à en parler à travers une réalisation. J’ai donc cherché à mettre en forme une sorte de rappel, d’interrogation sur cette pratique. Les recluses étaient en générales des femmes qui après avoir perdu un enfant, un époux, un père, une mère ou autre chose, s’enfermaient dans un cachot pour le reste de leur vie. Il existait en France un nombre assez important de ces mouroirs sans porte où des femmes venaient prier jusqu’à qu’on les y oublie. Car les recluses ne pouvant sortir de leur trou elles ne survivaient que par les dons des habitants de la ville dans laquelle se trouvait leur logette. Et il n’était pas rare que devenues trop faibles pour rappeler leur présence par la voie elles soient oubliées.
Ce qui me paraissait le plus troublant c’est que les lieux choisis pour la construction de ces cachots étaient toujours les plus peuplés, surement pour faciliter la survie de la recluse. Il faut donc imaginer qu’il existait dans un seul espace temps deux réalités tout à fait opposées et dont l’une pouvait très bien ignorer l’autre. Comme dans « Le vieux saltimbanque » de Baudelaire.
C’est sur ce phénomène que j’ai choisi de me pencher particulièrement. Mon masque, à l’image de la recluse devait servir à créer ce double espace-temps. Au début je voulais creuser un trou recouvert d’une grille et dans lequel je laisserais le masque être oublié. Mais à bien y réfléchir ça n’avait pas de sens. Je ne pouvais pas me permettre de passer outre certains éléments, comme le fait que mon installation devait se faire dans un lieu très fréquenté, que je devait signaler la présence de mon masque en ce lieu si je voulais qu’il soit après oublié mais aussi que l’installation devait être signalée par un objet inhabituel qui la rende reconnaissable à celui qui aurait choisi d’y porter intérêt. Je suis donc partie à la recherche d’une poubelle. Premièrement parce que sa forme me permettait de rappeler celle des cachots souterrains de certaines recluses, ensuite parce que je pouvais aisément me contenter d’inscrire dessus, de façon visible les termes latins « Tu ora » qui sont inscrit sur la fenêtre de la plupart des cachots de recluse, et enfin parce que je pouvais la rendre intrigante à qui voulais par la présence de la grille posée dessus. J’ai donc fait part de mon projet afin qu’on ne puisse l’oublier qu’une fois l’avoir su et j’ai mis en place mon installation dans notre atelier de moulage. Elle est restée intacte pendant deux jours. Puis on l’a oubliée. Le jour de l’exposition finale le masque était toujours visible mais sous quelque dépôt de plâtre, un ou deux gobelets vides et pas mal de papier jetés négligemment dans l’installation… une poubelle.



Le fait d’avoir du présenter notre travail à la classe en fin de module m’a semblé très intéressant, premièrement pour nous pousser à parler de ce que l’on fait, ce qui n’est pas évident mais utile, ensuite parce que de cette manière nous avons une approche plus critique de notre travail, et de recevoir quelques conseils.
Pour ma part ce que j’ai retiré de cette présentation est le fait que je ne me suis penchée que sur la symbolique de mon travail, pas assez sur sa présentation, le texte, par exemple, n’était pas présent. J’aurais pus comme on me la alors conseillé, le faire figurer au mur, de plus cela aurait permit de rendre l’objet reconnaissable en temps que réalisation artistique, ce qui n’étais pas le cas.



La réalisation de mon projet personnel ayant été courte je me suis majoritairement consacrée à la réalisation de celui de Julie. Elle s’était lancée dans la fabrication d’une boite à musique avec un moulage de mon torse, un de son visage, un mécanisme d’horloge, un capteur, un ordinateur et un enregistrement de ma voix. Expérience enrichissante (même si je chante faux...)

Ecole d’Art d’Aix en provence - http://ecoleart.cluster011.ovh.net