Masques :
D’autres techniques ont été abordées la deuxième semaine, celles des bandes plâtrées, puis du latex. D’abord, nous avons du, chacun son tour, par petits groupes, se faire mouler le visage, avec les bandes plâtrées.
Voici les étapes nécessaires à la création du masque en bandes plâtrées :
Découpage des bandes, en différentes tailles ;
Badigeonnage de vaseline sur le visage, pour éviter que le plâtre ne colle à la peau ;
Mouillage des bandes dans l’eau, puis application des bandes sur le visage,


Certains ont été effrayés à l’idée d’être enfermé ou étouffé sous le masque. Quant à moi, j’avais hâte de faire l’expérience ; j’imaginais déjà examiner le double de mon visage, pouvoir le voir en négatif, et de l’intérieur... Il y avait une bonne ambiance dans l’atelier, tous montraient une évidente motivation. Mais la vue de tous ces « corps » allongés, le visage neutre, blanc, sans expression, presque impossible à reconnaître, anonymes et sans parole, me fit froid dans le dos et m’évoqua une idée morbide assez inquiétante… Cette sensation me servit plus tard, dans l’expression du projet personnel.

Après avoir conçu chacun notre masque en bandes plâtrées où l’intérêt était l’empreinte réalisée à l’intérieur du masque, nous devons maintenant créer un second masque en latex, à partir du premier en plâtre, pour révéler toute la définition du visage en positif. Pour cela, un grand nombre de couches sont nécessaires, il nous faut donc s’armer de patience et d’attention.
Badigeonnage d’une fine couche de vaseline à l’intérieur du masque en plâtre ;
Par-dessus, application d’une couche fine et régulière de latex liquide, au pinceau ;
Séchage au sèche-cheveux (pour aller plus vite) ;
Application du latex en couche fine ;
Séchage… etc. jusqu’à obtenir une couche de latex assez épaisse pour être solide ;
Décollage du masque en latex.

Le résultat du masque en latex fut surprenant de réalisme. Après l’effet optique créé par le masque en plâtre en négatif, le côté effrayant du double du visage se renforçait avec le masque en positif. Chaque personne était reconnaissable par son masque.
Projet personnel :
La troisième et dernière semaine, les professeurs nous ont demandé d’imaginer à partir des masques créés précédemment, un projet personnel. Nous avons trois jours seulement pour concevoir, créer et présenter notre projet. La tâche n’a pas été facile en si peu de temps.
Plusieurs idées sont venues à moi ; j’ai eu du mal à choisir et à me lancer, j’ai donc perdu du temps (si précieux pourtant). J’ai repensé à cette impression bizarre que j’avais ressentie lors du moulage des visages. J’ai tout de suite relié ce sentiment à un vieux souvenir, très personnel ; une image pénible qui me hantait depuis de nombreuses années. J’ai voulu parler de cette partie infime de doute que l’on peut ressentir face à un corps plongé dans l’immobilité du sommeil, cette question qu’on se pose en silence sans vouloir aborder le sujet. L’inertie inquiétante d’un corps, sa disparition, son empreinte dans un lit. La trace du visage sur un oreiller, l’enfoncement formé par le poids de la tête, cette empreinte floue qui reste un court moment sur le tissu ; cette présence/absence me trouble, c’est donc ça que je vais essayer de représenter, en me servant de mon masque. Mais voilà, comme d’habitude, ma timidité l’emporte, et j’ai du mal à parler de mon projet aux professeurs, j’ai peur de révéler quelque chose de trop intime, alors je ne parle que du général. J’essaie d’expliquer ce que j’ai ressentit durant cet atelier, et dire que cette petite angoisse m’a touchée sensiblement, assez pour vouloir l’exprimer, tout simplement.
Mon objectif est de créer artificiellement l’empreinte et la marque creusée du visage (donné par le masque) dans un oreiller, avec si possible une définition assez bonne pour lire le visage sur le tissu. C’est après avoir relevé avec attention les conseils de France, que je pars acheter de la mousse polyuréthane expansive, pour tenter de lui donner l’empreinte du masque lorsqu’elle durcira. Il s’agit ensuite de sculpter la mousse devenue dure, pour lui donner une forme arrondie, et la glisser à l’intérieur d’une taie d’oreiller, garnie de bourre pour donner un aspect moelleux, comme dans un véritable oreiller. La taie d’oreiller obtiendrait alors une forme creuse en son centre : la forme d’un visage ; qui collée discrètement au tissu donnerait l’impression qu’une tête s’est reposée, et qu’un visage s’est figé à l’intérieur.

Mon premier essai est un échec, la mousse ne fonctionnant pas correctement, j’ai du recommencer, ce qui ajouta une perte de temps… Apres un deuxième essai, alors que tout les autres ont déjà fini leur projet et s’occupent d’accrocher ou de les présenter dans notre atelier, je parviens à mes fins, seulement il reste encore le temps de séchage qui se révèle très long, et le décollage du masque à l’intérieur… Le stress m’envahie alors, quand je réalise que je ne suis pas dans les temps, comme prévu, et qu’il est bientôt l’heure de la présentation ! Les professeurs ont été bien heureusement pour moi, indulgents de ces détails techniques décevants, et prirent en compte l’idée du projet essentiellement. Mais le rendu était attendu, et je n’avais donc pas atteint l’objectif voulu.
J’ai été déçue de ne pas avoir pu finir à temps, mais je réalise que mon idée était tout de même difficile à réaliser techniquement. Maintenant que ma présentation du projet est passée, je me pose une question : peut être auraient-ils mieux perçu mon travail si j’avais su leur parler plus en profondeur, tout en respectant la pudeur de mon histoire ? Dans l’ensemble, je suis assez satisfaite d’avoir eu le courage de me lancer dans une idée qui me tenait à cœur, parce que je crois que cela est toujours plus intéressant et motivant d’aborder un travail plus personnel. Mais ce petit projet volume ne m’a pas suffit pour aller au bout de mon projet, je n’étais pas satisfaite du résultat en rapport à mon intention de départ. Je n’ai pas réussi à donner l’impression plastique voulue, alors j’ai continué à travailler une fois l’atelier volume terminé. J’ai mené à bien ma première idée qu’était d’utiliser le corps entier au lieu du visage seul.