Suite au premier projet personnel demandé en fin d’atelier volume qui n’a pas été assez satisfaisant pour moi, j’ai décidé, encouragée par mes plus proches camarades, de poursuivre l’ambition de mon idée de départ. Je ne serai jamais arrivé à faire ce projet sans Natacha, Florent, et Lionel, qui m’ont poussé à me lancer et m’ont aidé dans la réalisation. J’ai été très sensible au fait qu’ils y attachent autant d’importance, et cela m’a aidé à me montrer sans retenue, en oubliant un peu ma pudeur et en mettant de côté ma timidité, qui me gêne si souvent.
A partir d’une situation vécue, je veux essayer de transmettre une idée de ce sentiment personnel que j’éprouve de ce souvenir. Je veux parler de quelque chose de délicat, et ce projet s’est révélé aussi difficile à transmettre aux autres, qu’à creuser en analyse pour moi. Même si je reste floue sur l’explication de ce travail, si j’en parle encore en gardant mes distances, je suis tout de même satisfaite d’être arrivé à aborder ce sujet qui m’était difficile, et rassurée d’avoir réussi à m’exprimer d’une manière où d’une autre. C’est véritablement un travail qui reste personnel, et même si je ne suis peut être pas encore capable d’en parler suffisamment, cela ne signifie pas qu’il n’a été réalisé seulement comme une expérience de moulage, même si bien sur j’en tire un acquis technique important.
Ce volume représente la trace d’un corps, lourd, dans un lit ; comme une empreinte éphémère figée dans un matelas et un oreiller. Ce corps aborde à la fois la tranquillité d’un corps endormi, et la froideur placide et imperturbable mais néanmoins inquiétante d’un corps sans vie. Comme si le mouvement et le poids s’étaient évaporés soudainement du corps, il ne reste sur ce lit, image de l’intime, que la présence et à la fois l’absence suggérée par le souvenir de la personne, de l’humain.
Pour réaliser ce moulage, je décide de mouler mon propre corps, aidé bien sur par trois de mes camarades. Je garde de cette expérience un moment très particulier, à la fois entre enthousiasme et douleur physique. C’était, bien sur, la première fois pour moi qu’un moulage d’une telle importance était pratiqué sur mon corps (après le moulage du visage réalisé en atelier volume, qui n’est pas comparable). J’étais prévenue qu’il était difficile de rester dans une position un certain temps et de ne plus bouger, mais je n’imaginais pas qu’on puisse ressentir autant de sensations à la fois !
Pour réaliser cette empreinte, nous avons choisis de ne mouler seulement que la moitié de mon corps, puisque je n’avais besoin que de l’enfoncement du corps dans le matelas. Allongée sur le côté, il était donc facile de mouler seulement la partie supérieure du corps (en prenant une position semblable à celle que nous avons allongée sur un lit). Pour que le plâtre se lie mieux au futur matelas, le moulage s’effectue sur un premier voile, qui permettra de mieux fondre la matière rigide du plâtre, à la souplesse des draps du lit.
Après m’avoir enduite de vaseline, puis préparé le plâtre, et posé un voile transparent, Natacha et Florent déposent le plâtre à la main sur la moitié de mon corps, c’est-à-dire, la moitié d’une jambe et mon pied, la moitié de mon buste, et mon bras entier. Une fois le plâtre bien consolidé et sec, nous pouvons le retirer avec minutie, et passer au moulage du visage. La tête est moulée à moitié, comme le corps, comprenant la moitié de la tête, l’oreille et le profil du visage.


D’abord le froid m’envahit comme jamais, je tremble incroyablement, puis les muscles pèsent et s’engourdissent, et c’est alors que la douleur devient insupportable (à tel point que l’envie de bouger dans tous les sens démange, et l’idée de tout abandonner peut traverser l’esprit…). Les minutes passent alors bien lentement, et le plâtre semble sécher indéfiniment. Mais une fois libérée de cette boîte, quelle satisfaction de voir son double sur le sol !

Voici les images de l’installation, exposée à l’occasion de la journée porte ouverte de l’école.
L’idée du résultat final était d’étendre sur un lit le moulage, pour voir apparaître le corps endormi. Il a fallut donc fabriquer un lit pour l’empreinte du corps. Pour cela, des boules de papier recouvertes par un drap ont suffit pour donner l’illusion du matelas en volume, en laissant un creux au milieu pour y enfoncer le corps à moitié. Le moulage délicatement posé simplement ne me satisfaisait pas à cause des marques trop apparentes du plâtre, qui contrastait trop avec la matière fluide du tissu. J’ai alors recouvert le moulage par des voiles, pour estomper cet effet, et créer alors une impression plus floue, cachant ainsi les détails du corps et donnant un aspect plus vaporeux.
Le résultat est assez troublant, on peut croire véritablement que quelqu’un s’est assoupi ici, ou y est encore, fantomatique.

