/ Étudiants / archives des années précédentes / 2006/07 / 1° année (2006/7) / MÉMOIRES (1° année 2006/07) / GARRONE Elodie / 05 - Sérigraphie/Gravure

Gravure

J’ai d’abord commencé à travailler la gravure. J’ai choisis de continuer mon travail de série sur les racines, qui me tenait à cœur de poursuivre dans une autre technique. J’aime l’idée de continuer à travailler la même image, connaître et enregistrer le motif et s’en imprégner totalement, pour pouvoir y puiser le maximum, se l’approprier et en créer autre chose de plus personnel.

J’utilise une image de mon carnet de recherche de dessin d’Esparron. C’est le carnet ouvert, c’est-à-dire la page de droite et aussi l’envers de la page de gauche par transparence, qui est sélectionné. Les deux moitiés de tronc et racines sont alors réunies, et forment alors un arbre entier. L’image de l’arbre est alors à deux facettes, bien différentes : un côté plus en détail, qui laisse apparaître les formes en relief, dans des lignes croisées, et un autre côté, plus brut où le trait est travaillé grossièrement, dans un seul mouvement.

La gravure sur plexiglas est donc notre premier travail. L’image modèle placée sous la plaque, il nous suffit de graver à l’aide d’une pointe à tracer en suivant les lignes sous nos yeux. Mais le rendu est bien différent qu’avec un crayon, et ici la façon de créer les volumes est très importante, étant donné que nous ne pouvons pas monter de gris et que tous les traits, à l’encrage, auront la même couleur. Il faut donc jouer sur l’épaisseur et la profondeur du trait pour l’intensité du noir, et les hachures pour les dégradés. C’est une autre technique d’approche du modelé, qui nous révèle l’importance d’une certaine maîtrise du dessin. Une fois gravée, toutes les étapes pour l’encrage et le passage à la presse nous sont enseignées :

  • préparation du papier :
    • découpage au format à l’aide d’un sabre (couteau),
    • faire tremper dans l’eau le papier pendant environ 10minutes minimum,
    • sortir le papier de l’eau,
    • égoutter et mettre le papier en attente dans des feuilles de papier journal pour absorber le trop-plein d’eau.
  • encrage :
    • mettre l’encre à chauffer sur la plaque,
    • préparer un tampon avec un morceau de tarlatane,
    • étaler de l’encre sur la plaque de plexiglas à l’aide d’un rouleau,
    • faire pénétrer l’encre à l’intérieur des traits gravés avec le tampon de tarlatane, en appuyant et en faisant des gestes circulaires,
    • essuyer le surplus d’encre à l’aide d’un morceau de papier,
    • retravailler au possible avec papier absorbant ou coton-tige les zones plus délicates.
  • passage dans la presse :
    • disposer le papier bien essuyé sur la presse,
    • poser la plaque du bon côté sur le papier (essayer de le centrer),
    • mettre quelques couches de papiers brouillons par-dessus,
    • replacer les langes par-dessus en faisant attention à ce qu’ils soient bien tendus,
    • faire tourner la presse,
    • soulever à nouveau les langes avec précaution pour récupérer le papier encré et sa plaque,
    • mettre à sécher le papier à plat.

Je connaissais déjà toute la technique de la gravure à l’eau-forte, ce qui m’a permis d’avoir un peu d’avance. J’ai réalisé une longue série avec cette gravure, sur papier carotte d’abord, puis sur papier gravure. Nous n’avons utilisé uniquement que de l’encre noire, ce qui pour un début est suffisant, mais je regrette tout de même de ne pas avoir pu expérimenter la couleur.

Je suis ensuite passée à la gravure sur linoléum. Pour le linoléum, il fallait un motif plus favorable à une gravure moins délicate, j’ai donc choisis de ne garder que le côté droit de mon arbre, aux traits plus grossiers. Avec la gravure sur linoléum, il faut aussi changer de technique pour tracer ses traits. Aussi, il ne faut pas oublier que la gravure sur linoléum est une gravure de réserve, c’est-à-dire que tout ce que nous gravons donnera à l’encrage, un endroit ou le papier restera blanc (c’est le contraire de la gravure sur plexiglas par exemple ou les traits gravés étaient encrés par la suite). La manipulation des gouges requiert autant d’attention que la pointe à tracer, il faut ici en plus faire très attention où placer sa main pour ne pas se couper. Le travail est moins minutieux mais tout autant pointilleux puisque aucun trait n’est rattrapable. Ici aussi, ayant déjà pratiqué la gravure sur linoléum, je connaissais le procédé de gravure et d’encrage, ce qui n’a pas pour autant diminué les petits soucis techniques. Nous avons pu utiliser, autre que le noir, un minimum de couleur, ce qui m’a permis de colorer un peu ma série, déjà assez sombre.

J’ai ensuite travaillé une autre technique plus minutieuse : la gravure sur métal. Ayant terminé le travail demandé en gravure et en sérigraphie, je fus ravie de poursuivre dans une autre voie mon travail sur les racines, pour occuper la fin du stage dans cet atelier. Je me suis attachée à mes derniers dessins, effectués a la fin de la série des racines. Le côté plus libre et expressif qui se dégage de ces derniers dessins me plaisait et j’avais envie de poursuivre. Je voulais essayer de refaire basculer le geste, les coulures et les taches, dans un espace redessiné et remaîtrisé, avec la grande minutie et sensibilité que peut offrir la gravure. J’ai repris comme modèle un de mes grands dessins format raisin, que j’ai redessiné au format de la plaque, pour ensuite graver à la pointe à tracer, à main levée cette fois ci (sans modèle à suivre comme avec le plexiglas). Ce fut aussi un travail de dessin pointilleux pour reproduire l’effet naturel de l’encre qui goutte, le trait libre qui glisse comme l’encre a coulé… Ce dernier travail s’est avéré d’une importance précieuse pour moi, comme un projet plus personnel puisqu’il n’a pas été suggéré par les professeurs, et qu’il n’était plus considéré comme exercice d’approche. J’ai passé beaucoup de temps sur les encrages, en expérimentant au maximum les possibilités de l’encre. J’ai voulu donner une autre dimension au dessin, qui n’était plus mouvementé comme avant, mais plus sombre et mystérieux, dans sa forme et dans les contrastes. Un nouveau dessin est né du motif de départ, complètement changé par le médium employé. Il ne reste plus que l’idée de racine dans ma tête. L’image, moins fidèle la réalité, a pris un tournant plus profond en devenant plus abstraite ; pour moi, c’est comme une nouvelle définition du concept de racine qui s’est dessinée, par toutes les possibilités de représentation qui sont nées de cette même image.

Ecole d’Art d’Aix en provence - http://ecoleart.cluster011.ovh.net