Travail sur le vocabulaire de la peinture :
Ecrire la description d’une scène pittoresque. Utilisations de termes comme, repousser, valeurs, tons, dégradé, sfumato, glacis, tonalité…
En traversant la rue je m’arrête. Mais juste deux secondes, juste le temps de voir. D’apprécier une scène où le temps semble perdre son importance, s’arrêter en plein vol, où il ne reste plus qu’une image, un tableau de maître. L’image indélébile d’un moment, en un lieu. Ce moment c’est celui où cette fille sort de son immeuble et regarde la rue. Toute la rue semble avoir été recouverte d’un glacis, seule, elle est repoussée, brutalement. Elle cogne ma rétine. Je la regarde. Elle a une main sur la hanche, l’autre, près de sa bouche aux couleurs rouges, tient entre ses ongles vernis une cigarette allumée. Elle est blonde, ses cheveux relevés atteignent des teintes si claires qu’ils semblent passer du blond au blanc, lumineux, là où la lumière est la plus forte.
Cette lumière, celle du lampadaire sur lequel on décèle quelques pointes de rouge, au dessus d’elle, à gauche, l’éclaire d’une toute autre manière qu’il n’éclaire les trois personnages assis contre le mur, à droite. Ils sont dans son ombre, ils s’y effacent presque. Et cette impression de contraste entre elle et eux est d’autant plus flagrant qu’elle ne semble pas les voir, son cou est relevé, tourné vers la lumière, alors qu’on ne peut qu’à peine apercevoir leur front. Ces trois hommes semblent comme incorporés dans le mur, ils se fondent dans ces passages d’ombre que peuvent simuler le dégradé qui part de la couleur de leur vêtements, des tons sombres de vert et de marron, pour aller se fondre dans mur contre lequel ils sont assis, mal éclairé, grisâtre, noir de crasse, seules quelques pointes de lumières viennent encore égayer les plis de leur vêtement, mais si faiblement, si furtivement qu’on on ne s’en aperçoit quasiment pas.
Ce coté du mur respecte les tons et les valeurs de celui que l’ont peut apercevoir à droite et du sol au premiers plans, là où le dégradé de la lumière atteint ses tons les plus sombres. Sortant à demi de l’ombre, à gauche, un objet insolite vient mettre en valeur le personnage central. C’est une poubelle. Sa couleur oscille entre le bleu et le vert, là ou elle est le mieux éclairée sa valeur et ses tons sont égaux à ceux de la porte qui encadre la jeune fille, dont la jupe, légère, fine, est elle aussi dans des tons de vert, mais plus claire, plus vif.
Dans cette scène, dans ce petit univers, votre regard se meut dans une gamme de vert, donnant sa tonalité au tableau, il navigue, effleure les couleurs vives, les cheveux, le lampadaire au reflet rouges, le haut jaune de la jeune fille, sa jupe verte, encadrée par la porte, puis repart à droite, sur la poubelle, encore assez éclairée, puis à gauche sur les trois hommes, sur leur vêtements, pour aller se fondre dans les fonds.
Travail sur le dessin :
Choix d’un type de dessin : esquisse, dessin, étude… et écriture d’un dessin.
Tout part des yeux, deux courbes qui se rejoignent là où on devine un sourire silencieux, discret, qui relève quelque peu le bord des yeux, là. Ces courbes sont prolongées par des courbes, encore…La grâce des cils. Ils sont marqués, noir, épais, mis en valeur par l’arrondi des sourcils. Les sourcils sont ébouriffés, ils s’inclinent. Les cils s’élèvent, ils rendent le regard doux, ils le subliment. Ce profil, ce visage incliné, aux paupières baissées, presque fermées ne nous permet pas de nous plonger dans ce regard, de nous y perdre, mais en attise l’envie. Un seul œil peut s’offrir à notre regard, l’autre disparaît, emporté par le profil, invisible derrière son voile de cils. Mais cet œil suffit, en son centre on devine un cercle, une pupille dans laquelle on aimerait se perdre. Dans ce visage tout n’est qu’ondulation, que légèreté.
L’oreille est discrète, fine. Son arrondi rappelle la forme de la coiffure où les cheveux ondulent doucement en une masse légère, fluide, relevée sur la nuque. Seule une mèche s’en détache, coulant sur les épaules.
En bas il y a la bouche. Elle est charnue, douce. La courbe des lèvres qui se rehausse légèrement renvoie à celle des yeux, au discret sourire qu’on pouvait y lire, ce léger tressaillement. Entre ces deux lèvres délicatement entrouvertes vit un espace secret, celui qu’on ne voit pas mais qu’on sait exister, dont on devine la chaleur, le souffle. La courbe de la lèvre inférieure se continue sur le menton, redescend le long du cou, rejoins celle des épaules et s’y perd. Celle de la lèvre supérieure, au contraire, s’élève, elle dessine le nez, petit, simple, puis se prolonge vers le front.
C’est tout un ensemble, un ensemble de douceur, de courbes, de traits délicats et discrets. Ce qui émane de ce visage, immobile, incliné, c’est sa douceur.