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Semaine thématique #4 (février 2009)

"Métamorphoses"

Semaine thématique consacrée aux "métamorphoses"

Du 16 au 19 février 2009 Amphithéâtre de l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence ___ Organisée par l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix en Provence en partenariat avec Seconde Nature. Conception : Franck Bauchard, Directeur adjoint de La Chartreuse.

A reconnaitre l’impact central du numérique sur l’art et la culture, on se trouve rapidement confronté à l’évidence de mutations rapides, incessantes, imprévisibles : nous sommes dans un temps d’incubation, de genèse où tous les cadres semblent éclater à la fois et se redistribuer dans des perspectives inédites. Mais ces mutations ressenties s’accompagnent d’une réelle difficulté à saisir des paradigmes opérants ou même de simples fils conducteurs à travers un paysage perpétuellement déconcertant, incertain et instable.

Bref on a le sentiment qu’il y a de la métamorphose dans l’air, une figure à la fois classique et méconnue - c’est quoi au fait une métamorphose ? - mais passablement éventée : « rire du temps où on y croyait - Ovide en en est l’inventeur », Flaubert nous aura prévenu. Et si contrairement aux idées reçues, notre environnement redonnait une actualité aussi soudaine qu’imprévue à la métamorphose, en la prolongeant dans de nouveaux contextes et peut-être en transformant sa signification ?

Partir de la figure de la métamorphose, c’est accepter que tout peut assumer des formes nouvelles, et d’abord les formes de notre corps et de notre identité. En cela, c’est questionner les frontières de l’humain. « Alors que le monde de Lucrèce se compose d’atomes inaltérables, celui d’Ovide se compose de qualités, d’attributs, de formes définissant la diversité des objets comme des plantes, des animaux, comme des humains ; simples et minces enveloppes d’une substance commune qui peut connaître - si une profonde passion l’agite - les transformations les plus diverses ». Ecrivant son aide mémoire pour le prochain millénaire, Italo Calvino se tourne vers Ovide, qui ouvre et clos ses Leçons américaines : il y trouve à la fois une vision du cosmos où « la connaissance du monde est dissolution de sa compacité » et une vision du moi comme combinaison d’expériences, d’informations... Elles s’achèvent par le rêve quasi-cybernétique d’ « une oeuvre qui nous permette d’échapper à la perspective limitée d’un moi individuel, non seulement pour accéder à d’autres moi semblables au nôtre, mais pour donner la parole à ce qui ne parle pas, l’oiseau poussé sur la gouttière, l’arbre au printemps et l’arbre à l’automne, la pierre, le béton, le plastique... ». Il suffit d’ajouter la machine à ce tableau et à cette vision du monde, pour trouver dans la métamorphose un puissant ressort de description des formes de relation et d’hybridation entre l’homme et la machine, l’animal et la machine, la machine et la machine. La métamorphose devient d’emblée un fil conducteur d’un avenir où l’organique et la machine dans ses composantes techniques, culturelles, sociales, économiques, politiques... sont appelés à s’interpénétrer de manière sans cesse plus fluide et insensible.

On l’aura deviné, la métamorphose, plutôt qu’un thème, relève d’un mode d’approche, qui permet de voir le monde avec une autre optique, une autre logique.

Capacité de se transformer en toute chose, mais aussi capacité de transformer toute chose, motif énergétique couplant la forme et la force, la métamorphose s’inscrit dans un univers archaïque et mimétique, dans un temps d’avant l’écriture, la subjectivité et la représentation. En ce sens « Les métamorphoses d’Ovide sont la rétrovision de la civilisation grecque prélittéraire » observe avec acuité Mc Luhan. Elles sont la saisie encyclopédique d’un monde mythique reposant sur l’oralité par la technologie de l’écriture.

Cette vision du monde appelle une technique d’écriture : la métaphore, le symbole, la description, l’image, sont ses terrains de prédilection. Pour l’écrivain Elias Canetti, la saisie de la métamorphose, passe par la nomination, la description, la restitution des choses à elle-même. Elle n’induit pas une démarche conceptuelle ou systématique, mais elle pousse à retrouver un contact concret avec les choses, dans leur multiplicité, leur fluidité et leur transformation. Elle se réactualise aujourd’hui dans un environnement numérique qui réinterroge nos mythes ou en crée de nouveaux, tout en transformant nos modes d’écriture, comme la relation entre oralité et écriture.

Vision du monde reposant sur un art d’écrire, la métamorphose replacée dans un contexte et des enjeux contemporains, nous conduit vers une dislocation de la figure de l’humain. Non pas que nous assistions à un effacement de la figure de l’humain, c’est plutôt qu’elle se brouille par la multiplication hétérogène de ces figures, de ces modalités d’incorporation, de ces processus de subjectivation, par la renégociation perpétuelle de ses frontières avec l’animal ou la machine... Elle pourrait s’offrir comme un paradigme de notre condition à l’ère du virtuel.

Introduite dans ce contexte, la figure de la métamorphose proposée par l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix et Seconde Nature, sera expérimentée comme un fil conducteur permettant de relier des enjeux, des formes, des questions a priori disparates mais qui ensemble questionnent quelque chose de la mutation de notre corps et de nos identités. En quoi permet-elle de décrire ou de rendre compte de manière pertinente de mutations hyper-contemporaines ? que révèle-t-elle de nos identités mutantes ?

Franck Bauchard

Lundi 16 février de 14h à 17h

Introduction par Franck Bauchard et Jean Cristofol. ___

Jean-François Peyret, metteur en scène. Jean-François Peyret présentera sa démarche mêlant théâtre et science, et évoquera en particulier "La génisse et le pythagoricien" qui évoque les recherches actuelles en biologie à la lumière des métamorphoses d’Ovide.

Son théâtre a abordé, depuis "Un Faust-Histoire naturelle" (écrit avec Jean-Didier Vincent, 1998), les rivages de la science : rencontre avec Alan Turing et la révolution informatique, avec Charles Darwin et la théorie de l’évolution (c’est, avec le neurobiologiste Alain Prochiantz, le cycle du Traité des formes de 2002 à 2004), ou encore avec la mathématicienne et romancière russe Sophia Kovalevskaïa dans "Le Cas de Sophie K". (création à la Chartreuse dans le cadre du Festival d’Avignon 2005.) Prochaine création : Tournant autour de Galilée (TNS, Théâtre National de l’Odéon, 2008).


Mardi 17 février de 10h à 17h

Régis Cotentin, plasticien, réalisateur de films courts et créateur d’installations.

« La question du vivant dans l’art numérique »

Mes films et mes installations ont pour thème commun la création d’un être virtuel comme substitut affectif. Ils racontent l’invention d’un avatar qui simule la présence physique d’un être vivant. Comment, par quels moyens artistiques, et selon quels discours esthétiques, l’artiste cherche-t-il à créer une image synthétique qui communique une sensibilité, une émotivité telles qu’elle souffrirait, par transfert analogique, comme un être humain ? Le numérique peut-il créer de l’humanité ?

La création d’une image pour moi passe nécessairement par la fabrication d’un corps. Mes films comme mes installations exhibent des créatures qui correspondent à mes fantasmes. Dans cette optique, tous mes films sont significatifs de ce désir d’accommoder la matière digitale à un contact charnel. Comme en sculpture où le frémissement s’obtient de la matière inerte, le numérique permet de modeler l’image comme un volume. Pour citer Nan Goldin, « faire des (images) est une façon de toucher quelqu’un - une forme de tendresse. » Autorisant à l’infini la synthèse de toutes les représentations et démultipliant les perspectives, l’écran digital, proche de la structure en couches de l’épiderme, semble être organique, comme une membrane. Sa lumière s’offre comme une nouvelle matière.

Faire palpiter le sang sous les apparences, prendre conscience de la chair, tels sont mes projets dans la création de mes personnages. Dans le champ numérique, l’aspect anthropomorphique des corps virtuels est une source infaillible de leur emprise sur l’affectivité humaine. Et la qualité du traitement de la chair, plus vraie que nature, est absolument déterminante, et demeure encore aujourd’hui la difficulté la plus grande à surmonter pour les créateurs d’images de synthèse. Si l’ordinateur donne un réalisme saisissant aux créatures qu’il invente, il bute sur la représentation de nos semblables. Créer un grain de peau identique à celui d’un être humain, qui réfléchirait la lumière telle que la carnation puisse le faire est l’enjeu de ces prochaines années. Tous mes films exposent la déficience des représentations virtuelles à créer une réelle altérité. Chaque chimère est livrée au péril de son aspect artificiel. Elle n’est que le spectre inconsistant de ce dont elle tente d’usurper les droits.

« Le domaine de l’image par ordinateur est fascinant, il finira par remplacer ce qu’on appelle les images cinématographiques. [...] J’espère que nous pourrons voir cela de notre vivant : la fin de la caméra ! [...] une des mutations les plus importantes dans l’histoire des images. » Bill Viola

Mon intervention propose de nous concentrer sur les simulacres numériques dans le cinéma, l’animation, le motion graphic et le clip. Leur esthétique évoluant du trompe-l’oeil vers la dématérialisation de l’image augure de l’avenir d’un cinéma sans caméra, réalisé directement de l’oeil à l’écran et sans support. Les simulacres numériques proposent des visions qui interrogent profondément, comme le fit J.G. Frazer dans "Dieu, l’homme et l’immortalité, le mystère des croyances" : « Pourquoi les hommes désirent-ils déposer leur vie hors de leur corps ? ».

Cette question interroge le motif de l’incarnation qui est au centre même des enjeux anthropologiques de l’image virtuelle par rapport à l’histoire de l’art. Au-delà de la révolution technologique, l’ère numérique fait toujours appel à nos habitudes culturelles, qui recouvrent les interrogations de l’imitation esthétique du réel. En cela, après une première partie concentrée sur les fondements historiques des simulacres au cinéma, mon intervention consistera en l’étude des liens que le numérique entretient avec l’histoire de l’art et des techniques utilisées pour donner corps à l’image. Nous analyserons enfin de façon concrète ce qui fait la vraie originalité de l’art numérique pour anticiper l’évolution dont pourraient se prévaloir ses simulacres, en prévision de la fin effective ou non de la caméra.

Régis Cotentin est plasticien, réalisateur de films courts et créateur d’installations. Ses oeuvres font partie de la Collection Nouveaux Médias du Centre Georges Pompidou (Paris).

« Grand illusionniste de la vidéo audiophile » (Jazzaround), « l’univers de Régis Cotentin flirte avec & Edgar Allan Poe, ... les frères Quay, ... Guy Maddin, , ... Man Ray » (Repérages) avec « des images et des dispositifs donnant à voir le souvenir et le rêve à l’oeuvre ... » (Françoise Parfait, Vidéo, un art contemporain). « L’imagier toujours très torturé et charnel du vidéaste ... » (Poptronics) créent « des images métaphoriques toujours belles et inquiétantes ... » (Artishoc). « C’est un auteur et ses images ne cajolent pas les conventions esthétiques du spectateur ... » (Poptronics).

Membre fondateur du combo « plastic pop » ’Lavender Hill’, Régis Cotentin s’est produit dans plus d’une cinquantaine de festivals et de centres d’art contemporains d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Sud depuis 2001. Composé de personnes réelles et imaginaires de diverses nationalités, le groupe ’Lavender Hill’ rassemble les cellules créatives de Penelope Tree (UK, Liverpool, lumière), de Lavender Hill (USA, Hawthorne, CA, photographie) et de Peter Panic (UK, Manchester, effets spéciaux). Le groupe s’associe à des musiciens de la scène électronique internationale tels DJ Olive (USA, New York), Pierre Bastien (France, NL, Rotterdam), Philip Jeck (UK, Liverpool), Scanner (UK, Londres), David Shea (Australie, Melbourne), aMute et Paradise Now (Belgique, Bruxelles) pour les musiques originales de ses productions. Certaines s’accomplissent lors de performances live.


Mardi 17 février de 14h à 15h30

Valérie Cordy, metteur en scène.

« Le métier du philosophe c’est de faire des concepts, le métier de l’artiste c’est de faire des percepts. » (Deleuze, l’Abécédaire).

De la création du collectif MéTAmorphoZ en septembre 2001 suite à la chute des tours jumelles, aux nombreuses performances, installations qui ont tenté de percevoir cet évènement, Valérie Cordy brossera le portrait d’un groupe d’artistes multidisciplinaires qui, durant sept années, a étudié les métamorphoses du monde contemporain.

Partant d’oeuvres de Matisse ou Duchamp, des métamorphoses d’Ovide, de concepts de Deleuze, Virilio, Flusser et des textes du Critical Art Ensemble, Valérie Cordy dégagera les lignes de force qui ont fait naitre, au sein du collectif, un rapport critique et aiguisé au contemporain et présentera le développement d’une esthétique rendant compte d’une époque en perpétuelle transformation.

Documentée de quantités d’images de performances et d’un dvdrom interactif, cette intervention tournera autour du questionnement sans cesse renouvelé des rapports complexes qu’entretiennent les êtres humains et les machines en devenir et leurs possibles imbrications et conflits. La métamorphose étant, pour MéTAmorphoZ, avant tout composée d’inframinces, de réels impalpables ou de vitesses possiblement destructrices liés aux développements de ces entités technologiques. Valérie Cordy, diplômée en théâtre de l’INSAS (Bruxelles), metteur en scène, compte, depuis 1995, de nombreuses réalisations, écritures et mises en scène (notamment avec "Diotime et les lions", "Le Cri d’Antigone" d’Henry Bauchau, "Auprès de la mer intérieure" d’Edward Bond, "La Terreur" d’Alain Cofino Gomez" et en jeune public avec "L’Ogrelet et Salvador" de Suzanne Lebeau ...).

Impliquée dans un processus évolutif de théâtre multimédia et numérique à géométrie variable conçu par le collectif MéTAmorphoZ, elle a réalisé récemment des étapes de recherche pluridisciplinaires en incorporant des dispositifs multimédia en solo ou en collaboration avec Wired Dreams, Spam et GPS (Gioconda Painting Show).

MéTAmorphoZ (Belgique) est un collectif pluridisciplinaire créé en 2001 qui s’est constitué sur la base d’affinités sensibles au gré des différents projets. Les projets de MéTAmorphoZ traitent des implications interpersonnelles et des enjeux collectifs des technologies ordinaires de notre vie quotidienne qui mêlent inextricablement l’humain et la machine. Les jeux vidéos et les relations de l’humain et du virtuel dans "Zone temporaire" (2001-2003) ; la société de contrôle, les codes barres et autres RFID avec la traçabilité électronique dans "Doppelgänger I, II et III" (2002-2007) ; la construction/métamorphose de l’humain et les relations de dépendance affective avec "Ami" (2002-2007) ; le téléphone mobile dans la communication dans "J’tapLDkej’pe" (2004) ; le zapping visuel et auditif et les aléas du choix et de la liberté dans le spectacle pluridisciplinaire "Métamorphoses" (2005), processus qui a donné lieu également au DVD-Rom éponyme qui a remporté le Prix multimédia de la Communauté française de Belgique. Après cette première grande étape, le collectif a exploré le chat et la solitude sur Internet dans "Wired Dreams" (2006) et récemment le Spam avec une création en plusieurs étapes (projections audio-visuelles, performances théâtrales, concerts interactifs) lancée lors du festival Les Transnumériques fin 2008 à Mons et à Bruxelles et développée notamment à la SAT - Société des Arts Technologiques à Montréal - en 2009.

La conception du DVDRom de MéTAmorphoZ a nécessité neuf mois de travail ainsi que de nouvelles collaborations sur le plan technique. L’objectif était à la fois de réunir et de faire connaître l’ensemble des travaux réalisés par le collectif de 2001 à 2005 et d’imaginer une manière itérative et aléatoire de parcourir ces documents et de découvrir des oeuvres réalisées spécifiquement pour ce support numérique, lui-même création à part entière. Récemment, le collectif a proposé des présentations du DVDRom sous la forme de performances-rencontres avec des publics aussi variés que des écoles d’art, des centres culturels et des événements multimédia.


Mardi 17 février de 15h30 à 17h

Carole Rinaldi, chargée de mission recherche à la Cité du Design de Saint Etienne.

« De la métamorphose comme condition et essence de la création »

L’imaginaire, l’exploration perpétuelle de la matière, la création de nouveaux matériaux, la recherche d’innovation, tels seraient les leitmotivs de la métamorphose - qui est la condition même de l’art et de la création. Comment les designers de mode et même les cuisiniers se sont-ils peu à peu transformés en artistes ? Entre science et science fiction, la problématique de la métamorphose s’offre au créateur comme un enjeu incontournable.

Carole Rinaldi, doctorante, chargée de mission recherche à la Cité du Design de Saint Etienne, est titulaire d’un Master recherche en Théorie et Pratique des Arts à l’Université d’Aix en Provence.


Mercredi 18 février de 10h à 12h

Alain Della Negra. Alain Della Negra (1975) s’intéresse aux processus de traduction et de communication. Son travail porte notamment sur l’interactivité et la place du spectateur. Il rencontre Kaori Kinoshita (1970) au Studio national des arts contemporains du Fresnoy. La collaboration engagée entre les deux artistes cherche à saisir le virtuel comme une matrice à fictions réelles, à travers notamment les moyens de la vidéo. Les documentaires, en cours de montage, retracent l’évolution de Second Life : son fonctionnement, les personnages qui l’habitent, les liens qu’ils entretiennent entre eux, les paysages qui le constituent. Alain Della Negra et Kaori Kinoshita dévoilent le potentiel post-narratif de ces espaces virtuels à avatars en montrant les relations qui se tissent entre les espaces en dedans et en dehors de Second Life. Ils transforment les anecdotes et les témoignages narrés a posteriori en scénario de film. Ils suivent les joueurs dans leur environnement quotidien et croisent différentes communautés dans de rocambolesques épisodes à travers toute l’Amérique. Nous aborderons Second Life par trois axes principaux : constructions de soi (construire son identité), hybridations (transformisme communautaire, invention des pratiques), nouveaux espaces (interfaces, mondes intermédiaires) et illustreront notre propos par la projection d’images sur trois communautés de Second Life : - les furries, immédiatement identifiables, regroupant des avatars hybrides, mi-animaux, mi-humains. L’animal choisi peut être un simple totem, mais nombreux joueurs s’identifient réellement à celui-ci, pouvant aller jusqu’à s’imaginer retrouver ainsi leur précédente incarnation. - les goréens, constituant une des communautés les plus organisées et les plus controversées. A son sommet, on trouve des maîtres, essentiellement des hommes, et à sa base, des femmes, les kajiraes, vouées à être esclaves et à porter le voile. - les évangélistes chrétiens, proches des tendances puritaines de certaines Églises américaines, se sentant désignés pour sauver les âmes perdues du monde virtuel.


Mercredi 18 février de 14h à 15h30

Keïko Courdy, artiste.

« Métamorphose et Espace »

L’espace est le lieu ultime de la métamorphose, un environnement extrême pour lequel notre corps n’a pas été conçu et composé à 96% d’énergie et matière noire, invisibles pour nos sens. L’adaptation à ce milieu hostile et inconnu implique l’invention d’interfaces technologiques de plus en plus sophistiquées mais aussi de réfléchir à la possibilité pour notre corps de muter physiquement. Les robots sont une solution, mais beaucoup insistent sur le fait que la présence humaine est essentielle. Le cyborg (cybernetic organism) est un terme inventé par deux scientifiques de la NASA (M.Clynes et N.Kline) en 1960 pour répondre au problème de la survie dans un environnement extra-terrestre. Ils expliquent qu’il serait plus logique d’altérer le corps humain pour l’adapter au milieu spatial plutôt que de recréer l’environnement terrestre autour de lui. Ceci pose des problèmes biologiques et éthiques mais alimente l’imaginaire des artistes. Le thème de la métamorphose se retrouve à l’infini dans la littérature de science fiction, les bd, dessins animés, films ou jeux vidéo. Mes spectacles et installations s’inscrivent dans cette perspective et sont très marqués par les animations japonaises comme « Ghost in the Shell ». L’Espace est avant tout un support de l’imaginaire pour inventer de nouvelles formes d’être au monde, et développer de nouvelles manières de fonctionnement du corps humain. A travers des environnements immersifs et interactifs, l’utilisation d’Internet ou de 3D, mes spectacles cherchent à étendre le domaine de la perception, « augmenter » les sens pour permettre d’imaginer et ressentir la possibilité de mutation, vers une nouvelle forme d’humanité consciente, hybride et vivante. Est-ce que l’homme pourrait passer de l’état de ver de terre à celui de papillon, et se mettre à voler sans scaphandre ? Je présenterai deux exemples d’installation-spectacles : AYA et HALO V.2. www.ki-keiko.net

Artiste française née en 1968, Keiko Courdy fait partie de ces nouveaux nomades qui vivent entre plusieurs pays, plusieurs cultures, et plusieurs genres artistiques.

Elle fait des études de théâtre et de cinéma à Paris, puis au Japon où elle obtient le titre de Docteur de l’Université de Tokyo en écrivant sur l’avant-garde théâtrale japonaise. C’est dans cette ville qu’elle commence sa recherche artistique dans les années 1990.

La transdisciplinarité marque son travail. Avec ses spectacles et installations de type immersifs et interactifs, elle repousse sans cesse les limites de la perception en utilisant des systèmes technologiques toujours nouveaux. Elle s’appuie sur la science fiction et l’univers des jeux video pour inventer des univers d’un autre type. Une hôtesse spatiale 3D, la « Blue Alien », est manipulée par un système de « motion capture » et communique avec le public en direct dans SPACE TOURISM, une soirée performance concert au Nouveau Casino à Paris. Dans AYA, les aventures d’un enfant expérimental élevé en gravité zéro dans une station spatiale servent de toile de fond fictionnelle à un parcours interactif conçu sur le principe du jeu vidéo Final Fantasy X. Les spectateurs découvrent l’histoire en se couchant sous un dôme gonflable au Canada ou via des ordinateurs en bord de scène qui font réagir les danseurs au Japon. Dans NETWATER, les spectateurs font réagir les acteurs-danseurs à distance en Mongolie, via leur téléphone portable.

Avec l’utilisation des nouveaux médias (mix vidéo et sons en temps réel, différents systèmes de capteurs de mouvements, utilisation du réseau, univers 3D), elle essaie de rendre palpable et matérialiser l’invisible. Elle essaie d’imaginer de nouvelles lois de fonctionnement de notre corps, comme la télépathie ou la téléportation dans des interactions avec les machines - Le thème de l’espace et la culture japonaise (pop comme traditionnelle) sont des sources d’inspiration intarissables.

Keiko dirige actuellement la structure de création transdisciplinaire KI fondée à Paris en 2000.

En 2008, elle collaborait avec la chorégraphe Karine Saporta, en créant une installation vidéo interactive pour son spectacle NOTES sur une musique de Steve Reich au Dansoir sur le Parvis de la BNF à Paris.

Pendant 3 années consécutives, entre 2004 et 2006, elle était professeur associé à l’Université d’Art et de Design de Kyoto et donnait un cours sur les performances multimédia.

Elle participe et intervient régulièrement dans des conférences internationales sur son travail et le sujet de l’art numérique.


Mercredi 18 février de 15h30 à 17h

Samuel Bordreuil, sociologue.

Samuel Bordreuil est sociologue, directeur de recherche au CNRS, directeur du LAMES (Laboratoire Méditerranéen de Sociologie) à la MMSH d’Aix-en-Provence.

Ses recherches portent principalement sur la dimension publique de la vie sociale, telle qu’elle s’incarne dans les espaces urbains, qu’elle se développe en sphères de débats (publics), qu’elle se manifeste au travers de mobilisations collectives (construction de publics). Dans ce cadre il porte une attention particulière aux nouveaux espaces et régimes de publicité portées par l’expansion des technologies du numérique.


Jeudi 19 février de 9h à 13h

Marcin Sobieszczanski, maître de conférences à l’Université de Nice Sophia Antipolis.

« Expérience et esthétique de la prothèse sensorielle »

Dans le domaine de la prothétique sensorielle, nous sommes en train de quitter l’époque des amplificateurs physiques (lentilles optiques et aides auditives), et nous nous acheminons progressivement vers les appareils de traitement de signaux pouvant s’intégrer directement dans les segments du système nerveux. Les recherches sur la rétine artificielle et la puce visuelle se placent dans ce champ (voir par exemple les travaux de Tetsuya Yagi www.eetimes.com). Ces dispositifs bio-inspirés ne fonctionneront plus sur le mode binaire, ils s’affranchiront des traducteurs numériques/analogiques et passeront directement aux algorithmes analogiques. Se dessinant à l’horizon des années 30-40 du 21ème siècle, la chirurgie nano-technologique, permettra leur incorporation soucieuse de l’individuation organique, au sens de Simondon. Au lieu de produire une intelligence artificielle, l’humanité usinera donc les appareils capables d’entrer, d’une manière autonome, en contact avec le milieu pour rafraîchir la donnée du monde. Cette expérience inouïe permettra-t-elle de comprendre la nature de l’intelligence en général ? Quel est le sens de cette « médiatisation » prothésiste du monde pour l’artiste ?

Après la critique de l’image et du son, avec la sensorialité artificielle, nous entrons dans la critique de la vision et de l’audition. Comment se comportera notre cerveau, quelle conscience produira-t-il lorsque l’information sur notre monde proviendra de dispositifs mixtes, mélangeant le biologique et le technologique ? Un patient greffé de la rétine artificielle aura-t-il juste une information suffisante pour ses déplacements dans l’environnement ou une véritable conscience du paysage ? Pourra-t-il contempler une montagne ou un horizon marin ? Quel comportement esthétique naitra de ses perceptions techno-procurées ?

Marcin Sobieszczanski, maître de conférences à l’Université de Nice Sophia Antipolis.

Après des études en linguistique à Lodz (Pologne) et à Paris 7, Marcin Sobieszczanski présente un DEA en épistémologie des modèles à l’ EHESS de Paris. En 1990, il co-fonde l’association Æsthetica-Nova dont il dirige la revue. En 1999 il soutient une thèse en art, sciences et technologies des arts, à Paris 8. Marcin Sobieszczanski a enseigné à l’Université Catholique de l’Ouest à Angers, à l’Université de Rouen, au Doctorat d’art et de pratique des arts à l’Université de Québec à Montréal et à l’Université de Sorbonne Nouvelle Paris 3. Il travaille actuellement au Département Art, Communication et Langages à l’Université de Nice Sophia-Antipolis où il dirige le Master 2 pro "Ingénierie de la création multimédia et direction artistique de projets". Ces rencontres feront l’oblet d’une publication par les "Presses du réelles", à l’occasion du festival "Seconde Nature" autour de la métamorphose, en juin 2009.


Jeudi 19 février de 19h à 23h

Soirée de lancement du projet européen Terraz.

« Art, technologie, territoires, ou la métamorphose des identités »

Alors que la dialectique entre local et global, entre régionalisme et mondialisation représente sans doute un thème clé de notre époque, l’étude par le champs artistique des relations entre art, territoires, identités et technologie a pour objectif de mettre en lumière les déclinaisons contemporaines de l’appropriation du réel et de l’espace par des moyens technologiques et traditionnels mais aussi artistiques et poétiques.

Projet d’échanges culturels entre la France, la Belgique, le Portugal, et le Brésil, Terraz a pour vocation de créer un espace de rencontres entre artistes de façon à interroger le rôle des identités dans la création contemporaine.

Cette soirée à laquelle nous vous convions sera l’occasion de vous en dire un peu plus, de vous présenter les partenaires du projet, et plusieurs artistes qui y prennent part, à l’instar d’Adelin Schweitzer (Fr), Régis Cotentin (Fr), Adriana Sa (Pt), et Suzete Venturelli (Br), qui parleront de leur travail. entrée libre.

Seconde Nature / La Scène Numérique 27bis rue du 11 novembre, 13100 Aix-en-Provence www.secondenature.org

Ecole d’Art d’Aix en provence -