/ Étudiants / archives des années précédentes / 2005/06 / 5° année (2005/6) / Contributions diverses et nouvelles fraiches

Ce que nous pourrions paraître

Le corps, sa chair ont suivi une évolution logique et naturelle et suivent maintenant une logique de manipulations, une évolution mathématique, une courbe exponentielle instable qui ne dépend pas seulement du bon vouloir des ordinateurs. Le rapport nature/culture peut se traduire maintenant par naturel/synthétique : la chair et la machine se sont opposées puis caressées ; elles s’unissent maintenant, s’assemblent et fusionnent vers un univers physique différent, comme une seconde génération d’êtres vivants. L’instinct, puis la conscience du corps et du groupe « naissance, vie, mort » nous ont poussé à développer des moyens de prolonger la vie, mais le corps reste périssable. Les mythes et les religions ont eu recours à lui pour le projeter dans une dimension plus haute, ou bien de l’asservir pour collaborer à une idée de divinité. Les Grecs, les Egyptiens ont créé des divinités hybrides au sens premier, assemblant la tête d’un animal et un corps humain, ou vice-versa (Anubis, Astérion le minotaure...) Puis ce sont les sciences qui interviennent, les biotechnologies, la génétique et plus récemment la robotique et le terme, inexact pour le moment, d’intelligence artificielle. C’est l’ère du corps faustien dont parle Michel Onfray dans Féeries anatomiques, le corps faustien, « son éloignement de la nature et son artificialisation, sa déconnection de la nécessité biologique, médicale et son indexation sur un vouloir de type prométhéen activé par les biologistes, les généticiens, les médecins dans toutes leurs spécialités, les chirurgiens et ceux qui les assistent. Un corps de moins en moins objet, de plus en plus sujet... » « En 1859, Charles Darwin publiait « De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle » où il décrivait le principe de l’évolution. Depuis, les mécanismes correspondants ont été précisés : des mutations apparaissent au hasard dans le génome des organismes vivants qui subissent la pression sélective du milieu. Quand une mutation est favorable, elle confère un nouveau caractère et l’organisme qui l’acquiert a plus de chance de se reproduire et de le transmettre à sa descendance. A l’inverse, lorsqu’elle est défavorable, l’organisme meurt et le nouveau caractère disparaît. » (Jean-Acardy Meyer, introduction pour la robotique évolutionniste) La découverte de l’ADN et le décodage du génome humain nous permettent de comprendre la constitution élémentaire d’un organisme, comme une recette. Il est désormais possible de se manipuler en profondeur, de se cultiver ; la fragmentation, la recombinaison, l’hybridation donnent lieu à l’expérimentation de vieux fantasmes. Entre l’utopie scientifique et la réalité biologique, médicale, les nouvelles possibilités font ressortir des peurs et des fantasmes tels que l’eugénisme nazi ou les monstres de sciences fictions comme Frankenstein (toutes proportions gardées). On peut tout de même constater que l’idée du monstre dans l’imaginaire collectif à notre époque s’apparente plus fréquemment aux victimes de l’après Hiroshima ou Tchernobyl qu’à Dolly la brebis clonée ou Alba le lapin fluo...bien moins impressionnants. Les doubles, les monstres et armées d’esclaves, les hybrides, les surhommes et autres créatures prothésées sont les utopies parmi les plus anciennes et ce sont les mêmes qui aujourd’hui, attachées à des images hyperréalistes, prennent place dans la science-fiction comme dans l’imaginaire collectif des biens pensants.

Ecole d’Art d’Aix en provence - http://ecoleart.cluster011.ovh.net