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Semaine thématique (fév. 2006) : Participation, interactivité

- Participation, interactivité
- Ecole Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence
- 6,7,8,9 février 2006

Programme

Lundi Mardi Mercredi
9h Présentation générale
9h 30 Pierre Paliard, « Rites, fêtes et participation » 9h Jean Cristofol & Douglas Edric Stanley, « Formes collaboratives » 10h Antonin Fourneau, « L’attraction, une tentative d’approche décontractée des notions de participation et d’interactivité ». (l’exposé sera suivi de la présentation d’un film de Nicolas Boone)
10h30 Jean-Paul Quéinnec, « Le Héros-Moi au cinéma, un mouvement d’identification instable »
14h Alain Simon, « L’enjeu de l’acteur.(Un exposé “actif”) » 14h Mélanie Perrier : « Faire participer ou faire une place à l’autre » 14h Margherita Balzerani : « Réappropriation et détournement des jeux vidéo dans l’art contemporain » (présentation théorique et démonstration pratique)
15h30 Stephane Wright, « Participation, processus, pédagogie, expérimentation. Recombinaisons des savoires artistiques et scientifiques »

Présentation

Participer, c’est bien ce qui se passe quand nous vivons au milieu des hommes dans un échange permanent, dans une culture commune. Sans cesse, des rites assurent les manières de faire, ordonnent des protocoles qui sont aussi signes d’appartenance à un monde commun que les rituels festifs viennent confirmer avec éclat le moment venu.

On voit bien ici que « participer » ne saurait se limiter à « interagir » et que la réduction parfois imprudemment proposée de la participation à l’interactivité - on entend ici et là parler de spectacles interactifs...- conduit à des vues erronées. Cette réduction n’est toutefois pas due au hasard. Elle répond à une vision de la communication appauvrie sur le mode de l’ « information » plus que du « partage ». L’ère triomphante du réseau a pu laisser penser que la culture pourrait devenir une connectique généralisée et le sujet un sujet opératif et interactif.

L’usage des données numériques aurait en outre vidé les formes de leur part d’irréductible secret pour en faire des objets censés être entièrement intelligibles, « modèles » malléables d’un monde virtuel. Heureuse légèreté ou dangereux enfermement ?

Interagir sur le net laisse cependant penser que, dans beaucoup de cas, nous sommes en contact avec des hommes et des femmes à travers messageries, chats, forums...Une interactivité de « sujets ». Mais nous sommes de plus en plus souvent en contact avec des machines, simples automates rendant divers services au manipulateur (ou le surveillant à son insu...). Le terme d’interactivité serait-il encore pertinent pour rendre compte de ces usages ? La même question se pose à fortiori à propos de la relation que l’on peut établir avec des machines automates hors réseau. En somme, si les tenants d’une vision bio-systémique des automates semblent croire qu’une interactivité « à jeu égal » pourra bientôt définir les échanges hommes-machines, beaucoup de penseurs penchent pour une vision instrumentale de ces mêmes machines et des algorithmes qui les animent. Dès lors pour ces derniers, il ne faudrait plus parler d’interactivité pour évoquer ces échanges mais d’interrogations suscitant des « réactions » à la mesure de la « jouabilité » du système. Henri-Pierre Jeudy dans Les usages sociaux de l’art pose clairement la question de l’utopie interactive ; « La croyance en la socialisation de l’art par la technologie continuera-t-elle à se fonder sur le principe de l’interactivité et sur l’aventure d’une hybridation entre l’homme et la machine ? ». Et il sait souligner dans les lignes qui suivent les dérives visionnaires des propos d’un Edmond Couchot sur cette question, pour qui « le symbolique auquel donne accès, techniquement, le numérique est un symbolique qui renvoie à un univers totalement intelligible ». L’image numérique serait en particulier désinvestie de ses parts d’ombre et de ses affects pour satisfaire le seul rythme de son opérativité. La semaine thématique aura pour but de préciser les sens possibles de ces différents concepts et mieux cerner les enjeux des démarches artistiques soucieuses d’élargir le champ de pratiques fondées dans une modernité, encore récente, sur l’idée d’autonomie de l’art. La volonté de confondre l’art et la vie, l’ambition de construire un monde arrimé au virtuel ne devraient pas faire oublier que le sens de la relation est affaire de partage et de construction d’une identité fondés sur des rites servant de cadres et de repères à la dimension interpersonnelle de toute culture.

- Pierre Paliard, Professeur à l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix

Les intervenants

Personnalités invitées

Jean-Paul Quéinnec, partage ses activités entre cinéma, théâtre et recherche universitaire en France et au Canada. Actuellement à l’Université de Provence il enseigne la pratique et la théorie du scénario et poursuit un doctorat sur les écritures autofictionnelles et la dépression au cinéma. Au théâtre, il est l’auteur de plusieurs pièces ( Les tigres maritimes, La mi-temps, parues aux Solitaires Intempestifs. Chantier Naval sera mise en scène au Centre National d’Art Dramatique de Dijon et reprise au théâtre des Bernardines à Marseille. Côté cinéma, il a écrit et réalisé plusieurs films courts dont le dernier, L’Entente, est produit par le Groupe de Recherche et d’Essai Cinématographique (le G.R.E.C.) Jean-Paul Quéinnec , à travers une approche pragmatique tendra à montrer que la fictionnalisation de soi au cinéma mène le regard du spectateur vers différentes postures selon qu’elle est entièrement scénarisée, en partie scénarisée ou improvisée. Trois types d’écritures qui renvoient à trois types de participation pour le spectateur.

Alain Simon est comédien, metteur en scène, auteur et pédagogue. Il a créé le théâtre des ateliers d’Aix-en-Provence. Il y présente ses créations, développe un travail de sensibilisation du public au théâtre contemporain et dirige la « compagnie d’entraînement », formation au métier de comédien en compagnie. Il a publié Acteurs spectateurs ou le théâtre comme art interactif et L’enjeu de l’acteur (2003) aux éditions Actes Sud-Papiers.

Mélanie Perrier, artiste, enseignante chercheur, Docteur en Arts Plastiques et Sciences de l’Art, enseigne à l’Université de Paris 1. Ses recherches s’articulent autour des modes relationnels et des enjeux tant esthétiques que politiques d’une inclusion d’autrui au sein d’une pratique artistique contemporaine. Commissaire d’exposition indépendante, elle collabore à plusieurs revues critiques d’art contemporain. Vidéaste, elle propose des dispositifs performatifs motivés par la question du deux et de la co-existence avec l’autre. http://melanieperrier.free.fr

« Faire participer ou faire une place à l’autre » : Alors que la participation constitue aujourd’hui tant une ouverture qu’un maniérisme de l’art contemporrain, l’accent sera mis sur les principaux amalgames et écueils de bon nombre de prestations qui font de ces invitations des instrumentalisations souvent médiatisées par une machine. La participation ne nous ouvre-t-elle pas à autrui, à l’incertitude féconde de son implication ? Qu’en est-il alors de la place laissée à l’ « autre » dans les œuvres d’art ? Accorder une place à l’autre reviendrait pour l’œuvre à s’ouvrir à la pluralité et non à appuyer sur un bouton. L’enjeu de l’œuvre d’art serait non pas de rendre possible la participation « d’un » spectateur mais d’offrir une inclusion du point de vue de la multitude. Ainsi, à travers plusieurs pratiques contemporaines, il sera proposé comme pistes de réflexions une nouvelle « économie participative de vies » et les premiers jalons d’une « esthétique de l’interaction ».

Stephen Wright est critique d’art, directeur de programme au Collège International de Philosophie (Paris) et professeur de philosophie de l’art à l’Ecole Supérieure d’Art de Toulon. Commissaire d’exposition indépendant, il a récemment organisé L’avenir du ready made réciproque , (Apexart, New York, 2004) et In Absentia , ( La Passerelle, Brest, 2005), deux expositions collectives faisant partie d’une série de projets qui, en interrogeant des pratiques artistiques à faible coefficient de visibilité artistique, soulèvent la question d’un art sans œuvre, sans auteur et sans spectateur. Auteur de quelques 200 articles sur l’art contemporain et des pratiques para-artistiques, il vit à Paris.

Pour son intervention, Stephen Wright s’appuiera essentiellement sur le travail du groupe Critical Art Ensemble. Il s’agira de montrer comment, et sous quelles conditions, une forme de collaboration extra disciplinaire ( à savoir en dehors de toute discipline constituée) entre art et science peut être envisagée. Comment l’art peut-il rendre la science visible à elle-même en participant à la vie du laboratoire.

Antonin Fourneau, ancien élève de l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix (DNSEP 2005), Antonin Fourneau poursuit un travail sur la fête foraine, la participation et l’interactivité. Tôt engagé dans cette démarche, il la poursuit actuellement en post-diplôme à l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs à Paris.

Margherita Balzerani, diplômée de l’Université de Rome La Sapienza et de L’Université de Paris IV Sorbonne, elle est médiatrice culturelle au Palais de Tokyo (où elle est rédactrice du « Journal » et collaboratrice du site internet HYPERLINK "http://www.palaisdetokyo.com" www.palaisdetokyo.com. Elle est auteur de nombreux articles sur des artistes contemporains. Depuis 2003, elle réalise une thèse de doctorat ayant comme titre « Les enjeux esthétiques des jeux vidéo et leur influence sur la création contemporaine ». Margherita Balzerani est également Professeur d’Histoire de l’Art dans l’école Eurasiam- Yutaka, School of Japanese Management. Elle vit à Paris.

Son intervention, Réappropriation et détournement de l’univers des jeux vidéo dans l’art contemporain, reprendra les thèmes de sa recherche doctorale. Son exposé sera accompagné de la présentation active de jeux vidéo.

Professeurs à l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix

Jean Cristofol, philosophe , Douglas Edric Stanley, directeur de l’atelier Hypermedia : « Formes collaboratives ». Si la question de l’interactivité nous semble relever d’une logique tout à fait indépendante de la question de la participation, les pratiques numériques contribuent à ouvrir sur des formes collaboratives qui génèrent des liens nouveaux entre art, savoir et action politique.

Pierre Paliard, historien de l’art : « Rites, fêtes et participation ». L’échange social repose sur quantité de rites (anciens ou nouveaux) assurant la reconnaissance des acteurs et instaurant le sens et la valeur des gestes par les quels ils s’accomplissent. Que représente la fête et ses rituels dans la conscience d’une identité collective ? Est-elle le point culminant du sentiment de participation ?

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