Étudiants - Archives des années précédentes - 2010/11 - 1° année (2010/11) - DOCUMENTATION ARTISTIQUE - GREFFE Martin -

mémorial de Walter Benjamin

Je me suis rendu à Portbou exprès pour aller voir le mémorial dédié au cinquantenaire de la mort de Walter Benjamin.
« Passages » est le nom du mémorial érigé par l’artiste israélien Dani Karavan entre 1990 et 1994. Cette structure faite exclusivement d’ acier corten est plus un hommage qu’un mémorial à Walter Benjamin.
Divisé en trois parties, la première reste néanmoins la plus forte émotionnellement parlant.

Le titre de l’oeuvre « Passages » rappelle bien ce village frontalier de Portbou, aux portes de l’Espagne. A l’image de Cerbère du côté Français, c’est un village de passage, peu touristique dont la gare a été le point de départ de sa récente construction.

Dani Karavan a voulu rendre hommage à ce philosophe et écrivain qu’était Walter Benjamin. Fuyant à l’époque le régime de Vichy et le nazisme, il se réfugia à Portbou où il mit fin à ses jours de manière encore inconnue. Ses oeuvres majeures comme « L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique » poussent nos pensées dans leurs plus profonds retranchements.
Une véritable relation à la nature et au spectateur est présente dans la première partie du mémorial. On retrouve ici la notion d’aura développée par Benjamin de la sorte : « L’aura est une projection dans la nature d’une réaction sociale parmi les hommes : le regard reçoit une réponse ».

Hésitant aux premiers abords de cette structure en acier, c’est en m’approchant de l’entrée que je vis qu’elle avait un début et une fin et qu’elle était faite pour être visitée par le spectateur. Près de 70 marches à descendre, 70 marches où il se passe quelque chose

Plongeant directement sur la mer ces escaliers m’ont réservé bien des surprises. A peu près à mi-chemin, le tunnel s’ouvre mais les escaliers continuent encore, j’étais alors devant le négatif même de la structure, une rotation à 180° peut changer la fonction du ciel, celui-ci se retrouve à la place des marches et les marches à la place du ciel. Voici alors le résultat en considérant la partie noircie de l’image comme le ciel.

finalement, j’arrive à la fin de ces marches, une vitre avec une citation de Walter Benjamin « Honorer la mémoire des anonymes est une tâche plus ardue qu’honorer celles des gens célèbres. L’idée de construction historique se consacre à cette mémoire des anonymes ». On se sent alors concerné par cette citation. A mesure que nous descondons l’escalier, le ciel bleu se reflète sur la vitre marquant la fin de la structure, on se retourne, on ne voit plus la terre à proprement parlé, plus de territoire physique mais le ciel bleu. Entourés de bleu, nous sommes comme sur un pont d’acier flottant entre mer et ciel, saisis d’un puissant souffle de liberté et de vertige.

L’artiste Dani Karavan s’est inspiré des propos tenus par la philosophe et amie de Walter Benjamin, Hannah Arendt à propos du site du cimetière qu’elle a visité en 1940 : « le cimetière donne sur la baie, directement sur la méditerrannée, il est taillé dans la pierre et glisse sur la falaise. C’est un des sites les plus fantastiques et le plus beaux que j’ai jamais vu de toute ma vie »
La seconde partie du mémorial fait, selon moi, référence au tunnel de la première partie à une échelle différente. Ce sont des marches placées en plein de milieu de la pierre sévèrement taillée qui délimite le périmètre du cimetière.

La dernière partie, située en hauteur du cimetière est une plateforme, toujours en acier corten avec un cube placé en plein milieu, toujours ouvrant sur la mer, et soulevant encore, selon moi des questions d’échelle et de temporalité. L’ombre très dure, significative d’une après midi bien ensoleillée, mettait ce cube en valeur.

C’est alors que je me suis approché du cube, et vue de dessus, une forme très abstraite et architecturale m’a sauté aux yeux. m’évoquant un building abstrait, j’ai voulu, sur Lightroom pousser l’exposition au maximum ainsi que les noirs. Voici d’abord la version retouchée ’normalement’

Puis la version retouchée

Je finissais mon après-midi à flâner dans Portbou, ayant encore une heure devant moi avant que le train en provenance de Barcelone me ramène en France.


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